On ne s’attend pas à rester à Paris en juillet

Toujours cette même crainte de succomber. A la facilité de s’échapper de soi. A celle d’écrire de longues phrases derrière lesquelles se cacher. A celle d’habiter un monde d’actions qui s’enchaîne à toute allure, actions d’homme d’action, de cadre.

Il faudrait pousser le bouton de démarrage du cabriolet, passer la première, enchaîner en seconde, écouter le grognement de la solitude fuie. Se moquer de la part de soi qui pleure la nuit et boit le jour. Rien qu’un coup d’accélérateur, et il resterait seulement à payer au péage : un péage est fait pour ça. Gagner, en quelques heures, les pinèdes de notre Sud. Rejoindre le train des vacanciers, qui faisaient jadis la queue au col du Perthus, et désormais s’embouchonnent aux alentours des villes FN . Il suffirait d’une décision de fuite pour obtenir la délivrance facile de bains de mer au milieu de cruciverbistes néophytes.

Du sable trop brûlant pour être foulé aux pieds. Enfiler des chaussures de sport en guise d’isolant thermique. Boire beaucoup de pastis avant trop de vin de Listel. Se souvenir, peut-être, de quelque aventure de boite de nuit. Finir au matin sur la plage. Et recommencer l’année suivante.

On ne s’attend pas à rester à Paris en juillet, au contraire, face à soi, son vin, son ordinateur, ses amis vus le jour, sa solitude vécue la nuit. Seul face aux cactus qui rappellent le Maroc de Noël, face au Bouddha Ming qui rappelle la Chine arpentée en douceur, tous souvenirs d’errances passées.

Or, c’est devant un écran qui bourdonne qu’on se retrouve, in fine, face à ses doigts qui courent sur un AZERTY, seul avec ses téléphones qui n’en peuvent mais de proposer des rendez-vous avec des gens du passé. Qu’il faut refuser si l’amour n’est pas présent. Je veux dire l’amour des autres, l’amour d’autrui, l’amour qui pousse à l’intimité. L’amour qui pousse parfois à l’amour. Je veux dire, à l’amour physique, celui de deux corps qui cartonnent l’un contre l’autre. En cadence, s’usant l’un sur l’autre, rallongeant leurs vies de bien-être, la raccourcissant de fatigue. Donc, refuser tout ce qui n’est pas important. Et résister à l’envie de faire démarrer le Chopper britannique. Rester face à soi, en soi, dans soi. Lire un peu de Bobin en guise de catalyseur. Christian le sédentaire, qui m’a appris le voyage chez soi. Moi, le voyageur insatiable aux quatre-vingt pays.

Ecouter Solaar aussi, MC le beur. Pleurer à l’idée de la concubine de l’hémoglobine. Donc, être soi face à soi. Il n’y a chez soi ni les senteurs du Taj Mahal, faites de rose et de hasch, ni les cris des enfants de Fatepur Sikhri, se jetant dans l’eau noire du haut de la forteresse. Il n’y a pas, chez soi, l’air magique de Tibet ni de Bolivie. Il ne se mange pas, chez soi, de serpent en bouillon, ni de kangourou en civet, tout juste un velouté d’asperge ou un lapin à la moutarde de Dijon en conserve.

Mais, chez soi, on s’exerce à la vie après ici, seul face à rien.

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