Glacier


Groenland, Août 1998

Kangerlussuaq

Une femme le fait sans fuir, pour être face à lui-même sur un autre morceau de la planète.

Toute la misère du monde dans ses yeux qui suintent en terre de glace à deux pas de l'enfer.

Mon amie, Je suis parti de Paris sur un vague coup de sang, avec beaucoup d'angoisse de te voir disparaître de mon paysage. J'ai trouvé sur ce bout de terre et de glace inconnu un rien de réconfort pour me faire oublier ton absence. Ainsi, une femme vous met entre parenthèses, l'espace d'un court mois, pour décider de l'avenir des persiennes de sa maison de bois, pour prendre l’attache de ses poissons d'appartement, qui semblent tournoyer en silence dans l'eau du lit abandonné. Vous, vous êtes petitement seul, vautré dans vos projets de fuite en avant, toujours plus loin, toujours plus vite. Un homme qui pleure la nuit de la peur d'être seul. Elle, qui se repoudre face au miroir, calmée par rapport aux cris désormais lointains, du refus de comprendre. Lui, qui essuie son nez d'un revers de survêtement, alors que vrombissent les hélicoptères sur le tarmac d'une cité de banquise septentrionale.

Ilulissat, cité d’icebergs

Fleur de mer, phoque d'été Tournoient en un air marin Accalmie Pour mon cœur meurtri Et mon corps imberbe Sur un septentrion de terre glacée Serpentin de mer sucrée.

Les chiens sans traîneau Hurlent À la mort de leurs pattes inutiles Rêvant l’hiver sportif Les sorties d'enfants loups Les piaffements dans le souffle du vent

Les crachats dans le tube polaire.

Pour l'heure, c'est l'été Son jappement d'ennui Orchestre si féroce qu'un rien Est prétexte au concert hystérique Dans la nuit polaire où

Je m’endors: maître flânant au bras D'une saltimbanque à igloo Viande aperçue en songe Quartier de lune caché derrière Un soleil de nuit Cri d'enfant Râle de père qui a bu La meute supplie la banquise

De fondre sur la ville pendant son sommeil. Festoiements canins Sur une dernière Disko Qui tarde à clore sa journée prolongée.

Seuls les icebergs reposent Sereinement dans la baie Et glissent en silence vers quelque cité Asséchée assoiffée Dans un désert du Sud. La route est longue En route quelques paquebots Qui sauront éviter Une collision mythique entre le fer Et l’aqueux Dans laquelle l'eau triomphe et surnage sur elle-même Quand DiCaprio meurt.

Quatre milles esquimaux Et quatre milles chiens Des chenillettes qui attendent aussi Leur fioul et leur hiver Écolières inventant l'amour En socquettes légères. Leurs frères chasseurs pêcheurs S’abreuvent à l'aune De la vie bienheureuse Sans asphalte au plancher.

Glacier

Tu baises la terre qui crie sa glace,

Froidure du tout,

Tu es pour l'hiver,

Roche de gel,

Explosant avec le moins de bruit possible,

Capharnaüm pourtant fort comme attentat d'expert.

Point de silence dans cette mer de glace,

Point de mort,

Sauf ma peine

Qui se dilue en arrivant

Dans la saumure eskimo préparée par l'océan,

Parée pour la soirée de paillettes stalactites

Fraîches comme perles d'adolescentes.

Bruyère, Vous n'êtes point

De ce délice auquel

Je succombe avec Nature

Dans un viol assagi,

Un silence

Que je n'arrête pas.

Vous,

On ne vous entend guère,

Vous êtes si loin de moi,

Qui reposez en Suisse

Pays d'autres glaciers,

Sans flottaison

Descendant aussi à la mer

Se fondre nulle part.

Tout à coup,

L'allure va croissante,

La montagne de glace

Descend au salon

Bavarder avec les voisins d'Islande,

Volcans pagailleurs

Jamais prévisibles.

Des coups de tonnerre veulent me faire choir

Du promontoire invincible

D'où je songe à vous

Alors que j'attends en vain

Que la lumière baisse.

Une fusée s'est-elle élancée

De son socle groenlandais sous mes fenêtres

Sur Cour ? Ou bien le Roi fait-il son entrée,

Que l'on salue au canon

Pour montrer à cette gélatine

Que l'on festoie aussi en terre civilisée?

Il se donne un concert de babillages d'aise et

D'eau de source,

De fracas de frimas contre les rives rocheuses ;

Il s'entend

Une lutte sans fin entre éléments

Dans tous leurs états ;

On ne donne pas de répétition ;

Il n'y aura qu'une performance, celle de l'ère

Humaine

Dont nous sommes à deux,

Malgré notre distance.

Je vois

Je vois les bras inuit le soir Rapporter au fond de leur esquif Les êtres que charrie le glacier de nuit. Ils sont couverts de la connaissance Que l'on donne aux momies Lorsqu'on les enrobe dans leur sarcophage De bandelettes de phoque. Et moi,

Je me balade, voyeur au milieu Des crépuscules du Septentrion, Ampoules de nuit toujours laissées vivaces. Je voudrais comme un ours Donner des coups de pattes Qui permettent la joie de se sentir asseoir. Mes pairs effrayés ne pourraient plus dès lors Empaqueter mes rêves de leur raison trop verte. Être noir en pays de banquise, Oublier tout à coup le billet de retour, L’oiseau motorisé qui devrait vous extraire, Applaudir au sacrifice des phoques, Viatique pour les voyages d’hiver Sur l’inlandsis pourri qui parfois vous retient, Happer une baleine, la vouloir engloutir D'une traite de vache dans un groin de caribou, Avaler les odeurs de la plage de neige, Expectorer le siècle et ses barons de ville, Dormir à plus finir dans l'igloo maternel, En position d'enfant pissant au soir de soleil, Arborer au matin la félicité De ces gosses du pôle égarés dans l'été.

Toujours, boire ici-haut comme on boirait là-bas, Dans l'immense capitale de France qui attend vainement Que ces égarements nordiques veuillent finir. Toi, l'absente, m’as-tu parfois imaginé,

En troglodyte de glace, la face pleine de la joie De partager l'espace de ceux qui en ont tant,

De neige et de glaçons, pour vodka Greenland;

M’as-tu aperçu, peut-être, Empli jusqu'à la lie de ce breuvage suprême

Fait du sang des matelots venus perdre leur saoul Sur des rivages péri-danois ? Souvent, dans ces rues sur les derniers arpents de Dieu, S'il existe, J'ai vu les fils d'esquimaux rosser leur fausse blonde du bout des yeux, Encanaillés dès la naissance par la promiscuité Des gênes des parents qui n’avaient pas songé À la disgrâce maligne du flirt avec la sœur. Voilà, Certains renards de la steppe vous le diraient sûrement, Il n'y a pas ici de bonheur plus facile.

Le soir

Le soir, je crois que tu es là,

Tu existes de par ici,

Contre ma joue En silence Et tu écoutes avec moi Le bruit des pales Des pingouins insulaires Applaudissant parfois Au forfait de nos corps Enseveli en nous Soumis au désir immense D’un nouvel horizon.

Parfois, tu fréquentes mes pas, Suiveuse mortelle, En route pour la joie D’être nous Deux Ensemble. Souvent, tu festoies en silence Jouant avec les baleines du pôle En gros conciliabule, Dans la cabine papale D'un souverain qui se moquerait De nous et de nos querelles. Toujours, tu reviendrais après la passion Embrasser mes sens Embraser ma bouche Qui fondrait dans la tienne Et un baiser savant Qui dirait que nous aimons La chaleur de l'autre La fragrance délicate Du partage de jour Quand l'amour est plus fort. À jamais, je bronzerais sous ton soleil Puis plus puissant que l'Astre, Moins secret que la Lune, Qui poindrait entre nous Les soirs de loups savants Maitres de l’Inlandsis Lorsque les caribous grimacent Et que les baleines surnagent. Enfin, Nos étreintes accrocheraient Le fantôme d'Erick

Qui roderait le soir Dans la ville Éveillée, Incapable de sommeil Sous un soleil tant espéré. Et tu me gratifierais De ta langue chercheuse Qui trouverait enfin L'apaisement de nous,

Toi, fleur de bruyère

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