Vu Toni Erdmann et Divines

TONI ERDMAN, figure bouffonne de la distanciation d’avec cela, ce que je suis, dans le système, le métier du conseil, de la consultation du monde de l’entreprise, comme chez le médecin. Car sa fille est une doctoresse qui consulte en imposant sa marque, en chiadant le port de son chignon et le sourire qu’elle ne lâche pas. Alors le père se déguise, pour la faire rire, se faire rire, me faire rire, et j’ai ri à gorge déployée, "Merci pour ce moment". Les lieux : le Palais de Ceausescu et son hôtel américain annexe, seul lieu capitaliste dans la Roumanie communiste de 1986 qui ne m’avait pas alors permis de passer une seule nuit à Bucarest. Bon choix, le capitalisme a été trop vite déployé, les ouvriers restent trop nombreux, on appelle la fille pour dégraisser, le père trouve ça glauque, il fout le bordel et sa fille finit par péter le même câble que lui, ils se retrouvent à tirer tous les deux dans le même sens la chaloupe de l’existence. Elle ne chavirera pas. La fille rebondira, on se dit que peut-être elle apprendra à baiser vraiment, la vie, les hommes, ce qu’elle ne semble pas savoir faire dans le film. Belle réussite que ce duo d’un père qui se fout du monde de sa fille et d’une fille qui a peur du monde de son père, le vrai, celui de l’émotion brute, des corps qui lâchent prise. La scène du lâcher-slip entre collègues consultants est aussi crédible que sont réelles les vies sublimées dans ce milieu, dans ce métier qui mange les années de jeunesse, à gravir la pyramide jusqu’au Graal de l’association. Cette fille-là y réussira finalement grâce au pétage de plomb que lui aura occasionné son père. L’ascenseur social ne fonctionne pas lorsqu’il est obsessionnel en quelques sortes, mais très bien avec un brin de poésie. DIVINES, elles le sont, ces deux filles à peine femmes, une beurette et une black, deux êtres qui se collent l’une à l’autre pour résister à la pression de la cité dont elles grimpent le sommet. Deux étoiles solitaires, ancrées dans des familles qui ne les captent plus, deux physiques relâchés, qui arrivent au point de la confrontation avec le besoin impérieux de cette Money qui makes the world go round. La beurette se métamorphose à volonté au physique, la black est trop grosse pour pouvoir se le permettre, elle n’en meurt pas, du moins pas tout de suite – ce film est absolument dramatique -, elle est dans l’insouciance sauf quand il s’agit de son amie. Son sourire ingénu et son plan de vie rappellent ceux du Lennie des « souris et des hommes» : « Un jour, on réunira tout not’ pèze, et on aura une petite maison et un ou deux hectares et une vache et des cochons et… – On vivra comme des rentiers , hurla Lennie. Et on aura des lapins. » Oui, Gilles, « DIVINES est vif, brulant, gênant, explosif ». Et les deux commères profondément crédibles. Les déambulations se font dans un monde de sens interdits, de grilles éventrées, de murs escaladés, de passages secrets et de balcons aériens. Les deux nanas recherchent leur « porte de derrière » comme disent les Chinois parlant du système D, celle qui permet d’accéder au Divin en sautant les étapes d’apprentissage d’une injonction sociale que les parents n’ont su véhiculer. « Deux films, deux visions du cinéma.Comme une lutte des classes? ». Oui, sans doute. Et un fil commun, celui de l’ascenseur social, de ses pannes et de ses contournements. Et du rôle des parents?

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