Les deux bessons

Comment ai-je pu? Confondre deux Besson rangés l'un à côté de l'autre dans les rayons de la Fnac et qui partagent aussi l’initiale de leur prénom, P.

Cap Kalafatis. J’avais donc raté ce Philippe Besson publié l’an dernier chez Grasset ? J'avais attrapé cette trouvaille avec deux autres et j'étais reparti pour commencer immédiatement à les dévorer toutes les trois. Cap Kalafatis donc, et aussi Dis-moi pourquoi, publié chez Stock, et Un homme accidentel, chez 10/18. Dans La petite Fadette, George Sand utilise le terme bessons pour parler de deux jumeaux aux prénoms désuets, Sylvinet et Landry. Patrick et Philippe sont deux prénoms moins désuets mais ô combien répandus. Comment ai-je pu confondre les deux bessons, Pat et Phil, Phil et Pat ?

J'avais regardé l'intrigue en dernière de couverture : Cap Kalafantis, sur l'île de Mykonos, « Barbara et José rencontrent un jeune étudiant qui deviendra pour quelques jours leur miroir, leur jouet et peut-être leur sauveur ». C'était cela, cet amour à trois sur lequel il ne sera jamais fini d'écrire, sur lequel Philippe Besson a beaucoup à dire sans doute. Sur Mykonos, là où les garçons s'embrassent. Effectivement, page 125, la dernière page : « José s’approche de Nicolas pour l'embrasser. Le jeune homme se dérobe… Il se serrent fort l'un contre l'autre et s'embrassent plusieurs fois, dont une sur la bouche. » Nous y étions. Pourtant, cela avait mis du temps, tout le livre même. Et les corps n'avaient pas explosé les uns contre les autres. C'était bizarre tout de même cette pudeur chez un auteur qui pourtant n'avait pas eu peur dans le passé de raconter la chair de ces amours-là.

Rien vu. Bluffé par la mise en scène qui pouvait rappeler Détruire dit-elle. Filiation de Duras confirmée pour Philippe Besson. La scène des trois personnages dans cet hôtel devant la mer, face à leur destin, dans une conversation nonchalante. Un temps parfois distancié, mais, cependant (pourquoi n’ai-je pas eu la puce à l’oreille ?) quelques retours un peu lourdingues sur la terre ferme, un peu de bashing contre l'Ecole Alsacienne (bizarre, un peu vulgaire quand-même), et quelques touches caricaturales sur les Juifs séfarades. J'avais digéré ce Cap Kalafatis qui m’avait seulement un peu déçu et je m'étais endormi. Ce matin, au moment de le classer au rayon Philippe Besson de ma bibliothèque, bien organisée par ordre alphabétique, y compris par le prénom lorsque les patronymes sont identiques (les deux Carrère, la mère et la fille, même si la mère a gardé ses titres de noblesse, ce qui la distingue d’Emmanuel, les deux frères Lanzmann, Jacques et Claude), et y compris par la deuxième lettre du prénom s’il le fallait (le cas ne se présente pas), je sursaute et n'en crois pas mes yeux. C'est P. Besson, mais c’est Patrick. Ce n'est pas Philippe. Ce n'est pas la même chose. Comment est-ce possible ?

Pourtant, hier soir justement, content de ma lecture, j'avais eu une conversation avec un ami sur ces deux bessons, les faux jumeaux (les bessons ou bossons, eux, sont de vrais jumeaux, des homozygotes, et dans mon esprit, je ne sais pas dire pourquoi, ils rappellent aussi les bécassons). Nous avions devisé pour confirmer que c'était bien Philippe, le copain de notre nouveau président, Emmanuel Macron. Nous avions conclu que pour nous, il n'y avait qu'un seul Besson, Philippe. Et nous avions aussi buté sur Sylvain Tesson, dont le père Philippe Tesson, journaliste, est, pour le coup, un presque homonyme de Philippe Besson, nous promettant de nous échanger des livres de Sylvain Tesson et de Philippe Besson, deux auteurs dont je chéris la lecture... Donc, je n'avais vraiment rien vu. Pourtant, je suis habitué aux doutes permanents sur ce nom, Besson. L’ancien maire (socialiste) de Chambéry, c’est Louis Besson, à ne pas confondre avec l’ancien ministre (ex socialiste) de Sarkozy, Eric Besson. L’ancien maire d’Annecy, à quelques kilomètres de Chambéry (mais ce n’est pas la même Savoie, celle-là est dite Haute), c’est Bernard Bosson. Et puis il y a le cinéaste, Luc Besson…

Qu'est-ce que c'est cela nous dit ? D'abord, que je suis bien loin de maîtriser la critique littéraire. Se laisser avoir comme ça, comme un bleu, un vulgaire consommateur de littérature de tête de gondole, un peu endormi, de quoi se gondoler en effet. Ensuite, que découvrir un auteur par le plus grand des hasards peut mener à des surprises qui ne sont pas totalement des ratages. Mais quand même, le Patrick Besson de trop, Dis-moi pourquoi, celui-là, je le remise dans le tiroir des livres à offrir. Et je ne le lirai pas. Trois heures de mon existence consacrées à un faux homonyme que je ne souhaitais pas rencontrer, c'est déjà trop. Et moi qui avais cette certitude bien ancrée que j’étais avec Philippe…car José avait 54 ans, l'âge que j’imaginais à Philippe (il s’avère qu’il n’en a que cinquante) et aussi mon âge à moi. J'avais été frappé par la morbidité ce personnage et cela m'avait renvoyé à la décadence (toute relative) de mon propre corps. Alors, je suis soulagé d'avoir levé l'entourloupe, 54 ans ne serait pas si vieux sous la plume de Phil que sous celle de Pat, je tente de m’en convaincre.

La biographie de Patrick Besson, dévorée sur Wikipedia comme un morceau de barbaque m’apprend qu’il a traité Annie Ernaux d’écrivain lamentable. Annie Ernaux, ma sœur d’écriture, la lointaine cousine de style de Duras, Duras, la figure tutélaire de Philippe Besson. Comme tout cela est étrange. Suis-je fada ? Une petite Fadette ? Mais aujourd’hui, une fadette, c’est autre chose comme un scandale improbable récent nous l’a appris: « nom féminin désignant une facture détaillée de conversations téléphoniques ».

Je suis comme une pauvre facture de téléphone qui a perdu le sens du détail, tellement cartésien que je perds le fil du cœur. Bon, je file me mettre à la lecture du livre de Phil, le seul des trois, Un homme accidentel

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