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Les Éditions Calmann-Lévy contre l’obscurantisme



Rachida Dati a fait salle pleine lundi soir dans sa mairie du septième arrondissement de Paris, nouvelle annexe de son Ministère de la culture, mais n'a pas pu se joindre à la rencontre littéraire qu’elle organisait pour lancer le deuxième livre de Jean-Yves Mollier sur les Calmann-Lévy : « La belle histoire des Éditions Calmann-Lévy, de 1836 à la Seconde Guerre mondiale ». Fort amusante, son adjointe Josiane Gaude a donné le change, suivie par le sympathique et dernier porteur patronymique, Christopher Calmann-Lévy, dont le discours lyrique rendit un hommage appuyé à la littérature comme vecteur de lutte contre l’obscurantisme et la dictature et surtout à sa famille et à sa tendre mère, Éliane. « Dieu ne pouvait être partout, donc il a créé la mère juive... avec sa très grande intelligence et sa beauté, Éliane illumine la vie et ma vie » a-t-il confié. Jean-Yves Mollier, professeur émérite et spécialiste de l’histoire de l’édition, a développé une convaincante évocation des heures de gloire des éditions Calmann-Lévy. D’où il ressort que cette maison était la plus importante au niveau européen au dix-neuvième siècle. La liste semble sans fin des écrivains célèbres publiés par Michel Lévy, son frère Calmann Lévy, puis leurs descendants, les Calmann-Lévy : Alexandre Dumas père (sous l’impulsion du très jeune Michel, ses œuvres complètes en petit format lancèrent le commerce de la littérature par les Lévy, une famille juive très pauvre qui n’avait jusqu’alors vendu que des jumelles et des parapluies), Gustave Flaubert (Madame Bovary a été commercialisé en deux volumes à un franc seulement, soit l’équivalent de dix euros), Charles Baudelaire (ses œuvres complètes en sept volumes connurent un grand succès posthume, le réhabilitant alors qu’il était mort condamné pour délit d'outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs), Honoré de Balzac, Théophile Gauthier, Prosper Mérimée, George Sand (qui signa un contrat d’exclusivité et fut la première écrivaine salariée), Anatole France, Pierre Loti (Julien Viaud dans sa vraie vie de marin, son Pêcheur d’Islande eut un immense succès), Heinrich Heine, Edgar Allan Poe, Gabriele d’Annunzio, Vicente Blasco Ibáñez, Luigi Pirandello, Maxime Gorki, Romain Gary (parti ensuite chez Gallimard), Raymond Aron, Colette (publiée quand la maison s’appelait, entreprise d’aryanisation oblige, Aux Armes de France), Jean Anouilh (quand, pour les mêmes raisons, elle s’est ensuite appelée Éditions Balzac). Avec beaucoup de bagout, Jean-Yves Mollier  a dressé le portrait d’une maison d’édition pétrie d’humanisme, promouvant écrivains et écrivaines français et étrangers, désireuse de créer pour chacun un besoin de lire comparable au besoin de se nourrir et de dormir. Selon les mots de Christopher Calmann-Lévy, « la lutte contre tous les totalitarismes était dans l’ADN des Éditions Calmann-Lévy et de la famille Calmann-Lévy ». Admiratif, Gaston Gallimard aurait reconnu avoir fait au vingtième siècle ni plus ni moins que ce que Michel Lévy avait fait au dix-neuvième. Les luttes patrimoniales et éditoriales d’Éliane et Christopher Calmann-Lévy contre Arnaud Lagardère, voire à venir contre Vincent Bolloré, depuis la cession de la majorité du capital de leur maison il y a trente ans, sont certes emblématiques, elles ne feront pas disparaître le traumatisme familial, quatre ancêtres éliminés dans les chambres à gaz nazies. Un gâteau d’anniversaire surprise attendait Christopher en clôture de cette rencontre, un six et un zéro soufflés devant cent-trente invités et amis qui rappelaient que nous sommes contemporains mais que dans son cas un héritier doit lui être trouvé pour continuer de gérer puis transmettre le joyau. Il sera trouvé...

 

 

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