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Les 20 meilleurs films de 2022, mon palmarès

Du fait d’un effet rebond de créativité post confinements (l’horrible mot) et du relâchement d’un stock de films non lancés pendant la pandémie, l’année 2022 a été riche en sorties de nouveaux films. Comme l’an dernier (voir mon palmarès des films de 2021 ici : https://www.tanguypiole.com/single-post/retrouvailles), je m’essaie à un classement, mes vingt « meilleurs » films, ceux qui m’ont ému, tenu en haleine, dérangé, fait pleurer, ceux dont l’image ou le texte ou le scénario ou les acteurs m’ont transporté. On ne peut pas plus subjectif ! Au-delà des vingt films classés, trente-six autres films qui m’ont moins marqué sont classés par ordre alphabétique, beaucoup étaient très bons !







Les vainqueurs sont :

1. Rodéo, de Lola Quivoron

2. Sans filtre, de Ruben Östlund

3. Pacifiction : Tourment sur les Îles, d’Albert Serra

4. La nuit du 12, de Dominik Moll

5. Peter von Kant, de François Ozon

6. Close, de Lukas Dhont

7. Licorice Pizza, de Paul Thomas Anderson

8. Les Amandiers de Valeria Bruni Tedeschi

9. Saint Omer, d’Alice Diop

10. La leçon d’allemand, de Christian Schwochow

11. Ouistreham, d’Emmanuel Carrère

12. Juste sous vos yeux, de Hong Sang-Soo,

13. La vie invisible, d’Euridice Gusmao

14. Piccolo corpo, de Laura Samani

15. Le Lycéen, de Christophe Honoré

16. Novembre, de Cédric Jimenez

17. Mes frères et moi, de Yohan Manca

18. A propos de Joan, de Laurent Larivière

19. Contes du hasard et autres fantaisies, de Ryusuke Hamaguchi

20. Leila et ses frères, de Saeed Roustaee


Pour chacun d’eux, ci-dessous mes commentaires adaptés de mon journal.


1. Les Cahiers du cinéma n’ont pas fait grand cas de Rodéo, premier long-métrage de Lola Quivoron. « Julia laisse planer dans son sillage un parfum entêtant » conclut la journaliste. Pour le moins. Ah, les fragrances de ce film, ses couleurs, le rythme de ses percussions sonores et visuelles, le romantisme de ses garçons loubards, tout cela me fait positionner cette cinéaste au sommet de la hiérarchie de sa profession. Certes, j’ai été agacé par les prises d’image avec des caméras à la main qui donnent le mal de mer. J’étais venu en beauf pour voir les cascades de motards, je n’ai pas été déçu mais suis surtout ressorti lourd du destin perdu d’une fille de banlieue. La chute est somptueuse.


2. En 2021, j’avais vu au Théâtre de poche du Montparnasse, l’Ile des esclaves de Marivaux mis en scène par Didier Long. Sans filtre, de Ruben Östlund m’a rappelé ce texte splendide annonciateur du communisme et des autocritiques maoïstes ! Plus proche de Marx que n’ont pu l’être (ensuite) Rousseau et Voltaire ! J’ai été subjugué par cette Palme d’Or de Cannes 2022 qui vient après The Square, Palme d’Or du même festival il y a cinq ans seulement, du même réalisateur ! Triangle of sadness, sous son titre original en anglais, est désopilant, cruel, militant, beau, envoutant, un mélange de Noam Chomsky pour le texte et des meilleures séries américaines (que je ne devine pour la plupart) pour l’image…Inclassable, à la frontière du Mythe du Bon Sauvage de Jean-Jacques Rousseau, du Capital de Karl Marx, de Germinal de Zola, mais aussi de La Grande Bouffe de Marco Ferreri et de Titanic de James Cameron. Dolly de Leon jouant Abigail, très banale toilet manager dans le yacht de Dimitry, irrésistible oligarque russe, devient une survival manager manipulatrice et charismatique, véritable cheffe indienne, sur l’île improbable où ce beaumonde échoue lamentablement. Le jour de l’avant-première, la presse annonçait la mort, pour une raison indéterminée, de l’actrice principale, sorte de Penelope Cruiz en plus jeune, Charlbi Dean Kriek…


3. Pacifiction : Tourment sur les Îles m’a transporté. Me sont revenus les flashes d’une escale à Tahiti d’un passé lointain. Les tours en voiture de location sur l’asphalte de bord de mer dans le sens giratoire avec retour au point de départ, comme un Dupond de Tintin en boucle dans le désert. Un très beau garçon des îles aperçu dans un bar louche pour marins était là, à l’écran, trente ans après, efféminé et musclé, la peau ambrée luisant dans la lueur des néons de vingt heures. Moiteur des corps et des esprits, les neurones du haut-commissaire sont ramollis comme ceux de ses administrés en état d’ivresse permanent. Les personnages du film attendent que quelque chose se passe comme les soldats du Désert des Tartares. Montée en épingle d’infimes événements édifiant une deuxième, une troisième réalité. Depuis La pianiste de Michael Haneke, Benoit Magimel a pris des rides et du poids mais il est toujours aussi troublant et juste. Magnifique performance des Films du Losange qui n’enrichira pas suffisamment cette belle maison : le Festival de Cannes n’a concédé aucune récompense à ce film géant.


4. C’est sous hypnose que je viens de parcourir le chemin entre le cinéma et la maison. Mon film du matin m’a transporté dans les lieux de mon adolescence, le centre de police judiciaire au pied des trois tours de Grenoble, la station de ski de La Toussuire, Saint-Jean de Maurienne, dans l’improbable vallée du même nom. Les critiques que j’avais lues de La nuit du 12 étaient anciennes, j’ai cru jusqu’au bout à la résolution de l’énigme, malgré l’annonce en début de film : sur huit cents affaire judiciaires traitées chaque année par la police judiciaire en France, 20 % ne sont pas résolues. Le flic en chef, joué par Bastien Bouillon, n’exprime pas ses sentiments, ingurgite les émotions que lui procure l’enquête, ne sait trop comment les recracher, s’échappera enfin du vélodrome de Grenoble en béton des années 60 qui lui sert de roue d’exercice pour hamster, finira par grimper le Col de la Croix de Fer pour faire son deuil de Clara et du crime non résolu. Certaines critiques anonymes sur le site d’AlloCiné daubent sur la bien-pensance (les crimes sont commis par des hommes et résolus par des hommes), de mon côté je suis sensible à l’argument qui vaut aussi pour le climaticide (mot contestable) et la guerre. J’avais déjà été envouté par Seules les bêtes, précédent long métrage de Dominik Moll, qui s’ouvrait sur la disparition d’une femme dans les montagnes enneigées du Massif Central. Bis repetita.


5. Somptueux Peter von Kant, film de François Ozon inspiré des Larmes amères de Petra von Kant de Rainer Werner Fassbinder. Stefan Crépon est le premier acteur à investir le champ de la caméra, ne dit rien, son corps est constitué de fil de fer comme les vieilles dames de Faizant, a-t-il seulement un sexe ? On avait vu ses fesses dans le Bureau des Légendes lors d’une partie de jambes en l’air avec une Russe. Il est l’homme de la situation, en valet discipliné et névrosé, amoureux silencieux de son maître colérique, bouleversant. Isabelle Adjani est somptueuse en meilleure copine diva, apprêtée, cocaïnée, jalouse. Et le jeune Khalil Gharbia exprime beaucoup d’émotions lorsqu’il déboule dans la vie de Peter, moins lorsque le temps a fait son œuvre et l’a lassé de son lien avec lui. Dans la foulée, je visionne le film de Fassbinder. Il a pile cinquante ans, n’a pas pris une ride, peut-être juste la mère de Petra qui a du mal avec l’homosexualité marque-t-elle son époque. Et Marlène ne crache pas au visage de Petra quand elle la quitte, contrairement au troublant Stefan Crépon. Les écarts sont minuscules entre les deux scénarios, au détail du sexe des amants près. La langue est digne du Goethe Institut, je me suis régalé.


6. Close, film de Lukas Dhont avec Eden Dambrine et Gustav De Waele dans les deux rôles principaux, deux adolescents, presque des enfants : de l’art de garder secrète une intrigue dramatique. Le film a provoqué chez moi des larmes irrépressibles qui n’ont cessé qu’au générique. J’ai visionné ensuite des interviews des deux garçons sensibles, encore heureux d’être ensemble et tellement pro ! Et dire qu’Eden Dambrine n’était pas un acteur, il a été rencontré par hasard par le cinéaste dans un train. Ce qui les a touchés tous les deux ?, précisément les larmes des spectateurs à Cannes (le film a emporté le Grand Prix du Festival). Sur Instagram, David Chausse publie un post qui interpelle ma sensiblerie :

Close

Tellement (trop) joli

Tellement (trop) maitrisé

Tellement (trop) émouvant

Tellement trop qu'il y

manque quelque chose


7. Licorice Pizza, film de Paul Thomas Anderson : une vélocité, une intensité, une justesse des dialogues, un humour qui me laissent époustouflé. Il est bon qu’un film puisse montrer des acteurs boutonneux. Je n’avais pas inscrit le film dans ma liste car j’avais trouvé lamentable la bande annonce en version doublée en français. Qui a laissé faire cela ? Enthousiaste, dans la foulée, j’ai vu tous les films de ce réalisateur.


8. On m’avait prévenu : Les Amandiers était un très grand film. Mais j’y allais à reculons tant me déplaisait la dysqualité de l’image de la bande annonce non focusée. Tout le film est à l’avenant : un grand film pourtant gâché par ce flou, sans doute une coquetterie de Valeria Bruni Tedeschi, l’utilisation de matériel des années 80 ? Bouleversant serait le mot maladroit qui qualifierait les émotions que suscite l’incroyable interprétation à double échappement de Sofiane Bennacer dans le rôle d’Etienne drogué jusqu’à la moelle, de même que celle de Nadia Tereszkiewicz en énigmatique grande bourgeoise délurée se réfugiant, la nuit venue, dans son hôtel particulier (esy-ce celui de la famille Bruni Tedeschi puisqu’elle interprète de rôle de…Valeria BT, laquelle est désormais en couple avec le Sofiane Bennacer ?…). Louis Garrel est parfaitement juste en Patrice Chéreau intervenant dans tout et mélangeant allègrement les genres dans un Nanterre pas encore abîmé par le wokisme et où tous les câlins sont permis. L’évocation du sida est, hélas, un brin caricaturale. Au-delà du film, me touche la collaboration entre Valeria BT et Louis G autrefois unis à la ville, parents ensemble puis désunis, qui se retrouvent pour une œuvre artistique sur la vie d’artiste. Quelques jours après avoir vu le film, j’ai vu cette polémique, des accusations de viols à l’encontre de Sofiane Bennacer, je n’en dirai mot.


9. Saint Omer, premier long métrage d’Alice Diop, attendu depuis des jours. Alors que je regarde ce film au petit matin dans une salle glaciale, me reviennent en mémoire les émotions d’une stagiaire - ma fille - de la Présidente de la cour d’assises de Saint-Omer, celle-là même qu’interprète Valérie Dréville dans le film : effroi et déclenchement d’une vocation de magistrate ? Le film est inspiré de l’infanticide perpétré par Fabienne Kabou sur sa fille. Elle est passée devant la cour d'assises de Saint-Omer pour assassinat sur mineurs de moins quinze ans, a d'abord été condamnée à vingt ans de réclusion criminelle puis à quinze après appel. Le film est moins factuel, la diction de l’accusée tellement érudite qu’on pourrait la croire - vraiment - folle. Le film ira loin. L’interprétation de tous est magistrale.


10. Die Deutschstunde, La leçon d’allemand, de Christian Schwochow d’après un « best seller mondial de Siegfried Lenz » nous dit Allociné. Touchants acteurs incarnant, à deux âges, le fils martyrisé par son père flic, surtout, somptueuses images des grandes plages que le flic en question est censé surveiller pendant la seconde guerre mondiale. Renseignement pris, les scènes sont tournées dans plusieurs lieux différents : en Allemagne, dans le Schleswig-Holstein, la presqu’île de Nordstrand, le village de Westerhever, les iles de Pellworm et Sylt, et au Danemark dans les îles de Romo et Mando. Certainement des idées de lieux d’échappées belles.


11. Ouistreham d’Emmanuel Carrère, co-écrit avec son ex Hélène Devynck, remerciant à la fin son actuelle, Charline Bourgeois-Taquet. Beaucoup a été écrit sur ce film d’après un texte reportage et une expérience de plongée sur le mode transfugue sociale de l’intimidante Florence Aubenas. Admirables actrices agentes d’entretien de profession, Juliette Binoche est la seule actrice professionnelle et c’est bluffant.


12. Une demi année à peine après le touchant Introduction, film de Hong Sang-Soo, Juste sous vos yeux est une merveille. Lorsque le générique de fin est apparu, je ne pouvais croire qu’il était terminé, j’étais emporté, voulais la suite. En même temps, il fallait que ça s’arrête là. Mon journal indique que j’avais été pareillement étonné par la conclusion d’Introduction. Il est vrai que le film ne durait alors qu’un peu plus d’une heure contre un temps réglementaire cette fois-ci. J’ouvre Allociné pour vérifier si la critique est bonne : très moyenne pour le public, les blaireaux qui s’expriment pour dire leur besoin de plus (d’action, de sexe, de pleurs ?), excellente pour la critique de la presse. Un film pour intellectuels donc ? J’assume, j’adore : la simplicité de la mise en scène, les scènes de cigarettes qui se répètent, les sourires et les rires brandis comme des étendards contre la détresse, l’inanité de la drague version masculine, la dilution de la sororité par les ans, les blessures de l’éloignement géographique. Que de beautés subtiles, ne sont-elles pas toutes coréennes ? De là je visionne les films de Hong Sang-Soo d’avant 2022, à commencer par Une femme s’est enfuie, de 2020.


13. La vie invisible, film brésilien d’Euridice Gusmao, était proposé par Arte. Une lumière et des ambiances almadovariennes. Une femme qu’on enferme, telle Camille Claudel, pour un soi-disant trouble maniaco-dépressif quand elle est tout simplement victime de la violence terrible d’un père qui la fait péter un câble. Beaucoup aimé la sexualité, au démarrage non consentie puis finalement exubérante, entre Euridice (Carol Duarte) et son mari, Anthenor (Gregorio Duvivier).


14. Piccolo corpo, film franco slovène de Laura Samani : ambiance à la Bernanos, une histoire magnifique d’enfant mort-né dont la mère, très choquée, cherche une forme de salut chrétien. Des images sous-marines qui rappellent The Piano de Jane Campion. Je ressors troublé, oublie de reprendre mon vélo en sortant, le crois volé le lendemain, le récupère finalement qui m’attend sagement à son emplacement aux Halles.


15. Le Lycéen, dernier film de Christophe Honoré. « Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs ». Plan fou, une enculade suivi d’une fellation passive par l’enculeur, dans cet ordre-là, pratique érotique peu probable pour un ado de dix-sept ans. La scène est belle, tant mieux. Comme est beau ce garçon dans son émoi permanent. Pas au physique car sa joue droite est abimée par une ancienne acné. Paul Kircher est son nom et je parie que Paul Kircher ira loin. Sa mère, Juliette Binoche, son frère, Vincent Lacoste, son père, un bel homme qui, au générique, s’avère n’être autre que Christophe Honoré, cette famille de Savoie, plus précisément de la commune de La Chambre, est hautement crédible en 2022. Elle renvoie à la famille bretonne de Christophe Honoré quarante ans plus tôt, le discours devait y être moins délié. Christophe Honoré, qui ne connaissait rien à la Savoie, a choisi La Chambre pour son nom en surfant sur Googlemap. Le repas de Noël à l’aumônerie de l’hôpital de Chambéry est un autre plan fou. Fils et gay ou Ton fils, pourrait-on dire (un peu facile).


16. Chacun se souvient de ce qu’il faisait le vendredi 13 novembre 2015, jour des attentats, leurs 134 morts et près de 500 blessés. Novembre, film de Cédric Jimenez, commence le lendemain, le 14 novembre. Comme pour BAC Nord, j’ai été pris du début à la fin par le déroulé des événements menant au suicide, dans l’appartement dans lequel il s’était retranché à Saint Denis, d’Abdelhamid Abaaoud : il se fait exploser et avec lui, malgré elle, sa cousine Hasna Ait Boulahcen. L’attaque des forces d’intervention et même de l’armée est une scène de guerre, c’est bien ce que les journalistes avaient relaté en direct sur les ondes. Sonia, qui a « donné » le terroriste, est la véritable héroïne du film, une jeune fille musulmane très éduquée. Dans le générique de fin, il est précisé que cette femme, désormais protégée par la France avec un grand F et vivant sous une fausse identité, n’était pas porteuse du foulard islamique dont est affublée l’actrice. Deviendra-t-elle Ministre de la République ? Seuls quelques initiés pourront le savoir.


17. « Un vrai mélo à la Billy Elliot » m’avait-on prévenu à propos de Mes frères et moi, film du réalisateur Yohan Manca (également acteur dans La vérité si je mens). La ville de Sète est décidément propice aux fresques sociales. Une ambiance à la Abdellatif Kechiche (La graine et le mulet, Mektoub my love) ou Jean-Baptiste del Amo (Le sel). Le salut par l’art, en l’occurrence l’art lyrique. Magnifiques duo de Sarah, interprétée par Judith Chemla, et de son élève, Nour, le plus jeune frère de quatorze ans, Maël Rouin Barrandou. Le film est en perpétuel mouvement, il faut aller vite pour gagner de l’argent, duper les flics, survivre, faire survivre la mère comateuse. On pleure.

18. Lors d’une avant-première, on a pu toucher de près la délicatesse d’Isabelle Huppert, Daronne de plus en plus immense, venue défendre le film de Laurent Larivière, A propos de Joan, avec l’admiré Swann Arlaud au rôle délicat et Florence Loiret-Caille (cette intéressante actrice découverte dans Le Bureau des légendes, au visage et à l’intelligence effilés - elle nous a lu un Haiku). Avec pas mal d’ingénuité mais une bouleversante honnêteté, Laurent Larivière a raconté les conditions de tournage en pleine tourmente sanitaire, dans trois pays différents, la grande Isabelle prenant ses repas dans sa chambre pour préserver sa santé et peut-être celle des autres. C’est son deuxième long-métrage. Je suis un soldat est le premier, sorti en 2015. S’il était besoin de le rappeler, un film est une œuvre gigantesque, s’étale sur des années (cinq ici), mobilise des dizaines de personnes, une seule dizaine est dans la salle. Ne pas spoiler A propos de Joan, dire simplement que c’est un film sur la mémoire, que sa structure en matriochkas nécessite d’être concentré, que les rôles de la plupart des personnages étant tenus par plusieurs acteurs au fil des décennies, la transition de l’un à l’autre est perfectible, qu’in fine, je suis sorti avec un sentiment de gêne, ce qui ne m’a pas empêché d’applaudir. Comment Joan - Isabelle Huppert peut-elle avoir à ce point amélioré son anglais par rapport à Joan- Freya Mavor ?, comment la mère a-t-elle pu rentrer en France dès les années quatre-vingt alors qu’elle avait alors à peine pris la route du Japon ? L’émotion est là tout de même, grâce à ce que je ne peux spoiler.

19. Contes du hasard et autres fantaisies, très beau film de Ryusuke Hamaguchi. Après le choc absolu de Drive my car, la barre était très haut. Il faut s’accrocher aux sous-titres qui défilent vite, les trois tableaux se déroulent sous forme de dialogues (ou trilogues) fournis et subtils. La caméra ne bouge pas beaucoup, on est bien avec les acteurs dans des appartements, des restaurants et des écoles qu’on imagine tokyoïtes. Centrés sur le jeu de l’amour et du hasard, les trois scénarios sont intelligents et touchants comme l’était celui de Drive my car. Ils confinent à l’absurde. C’est donc la vraie vie ? Vite, un autre.


20. Malgré une mauvaise critique du Monde et parce que j’avais beaucoup aimé le précédent film de Saeed Roustaee, La loi de Téhéran, je suis allé voir Leila et ses frères. Difficile de vivre sans révolte intérieure la dèche épouvantable dans laquelle sont plongés cette fille et ses quatre frères habitant plus ou moins chez leur parents à Téhéran à l’ère des sanctions américaines. Est-il vraiment crédible que le père s’entête dans ses projets de gain de face, dirait-on en Chine, que deux des quatre frères soient si bêtes, que les cousins soient si méchants ? J’ai été embarqué dans la scène du mariage du cousin dans un de ces hôtels cinq étoiles qui abritent ce type de célébrations dans cette partie du monde et me suis rangé du côté de Libération dont la critique, plus récente que celle du Monde, était bien meilleure.


Et par ordre alphabétique, les 36 autres films :


- Les Affluents, film franco-cambodgien de Jessé Micheli. Trois destins de garçons de la campagne cambodgienne. Le seul qui s’en tire financièrement est celui qui danse dans un club gay. Je replonge dans la moiteur de Phnom Penh. Grosse nostalgie.


- All eyes off me de Hadas Ben Aroya. J’avais été attiré par une interview de cette réalisatrice de trente-quatre ans qui se disait lassée des films israéliens à message politique. Elle a choisi délibérément le huis clos intimiste et érotique qui me ramène à Marguerite Duras et Annie Ernaux. De grands lits aux draps blancs dans la moiteur de l’été israélien. Les scènes érotiques sont presque crédibles, pas tout à fait malheureusement, c’est triste qu’on ne laisse pas baiser les acteurs sur scène, ce serait l’unique solution. La bite du héros, Léon Lev Lenin est tordue mais sa frénésie à pénétrer sa compagne n’emprunte aucun détour. Le troisième tableau met en scène un homme qui a peut-être mon âge, je découvre que Yoav Hait est en fait une jeunesse de cinquante-cinq ans. Avec le sexe, du coup, c’est censé être compliqué, surtout que son ventre est gros. Alors l’amour est remplacé par une minute de silence allongé en slip sur la moquette. Voilà le destin des quinquagénaires. Une belle réussite.

- Les années Super 8, premier long métrage - documentaire en accès libre sur Arte, signé David Ernaux-Briot, fils cadet d’Annie Ernaux, pourquoi Briot ? Après le générique de fin, j’éteins l’écran mural le cœur rempli de souvenirs de deux familles, celle de la grande Annie Ernaux, la mienne. Il y a quelques mois, j’avais fait digitaliser les films Super 8 pris par mon père pour saisir la vie de ses enfants s’accrochant, année après année, au roc des Alpes et de la Normandie. Les films saisis par le beau Philippe Ernaux, mari d’AE, ont les mêmes couleurs sepia, la même vitesse légèrement accélérée (pourquoi ?), la même absence de bande sonore, surtout, les mêmes pantalons à pattes d’eph et tout l’attirail de jersey, c’est confondant. Eric Ernaux, né quelques mois après moi, a, lui aussi, un petit frère de deux ans son cadet (David Ernaux-Briot, donc). Tous les quatre, nous portons les mêmes maillots de bain colorés, moulant de petits sexes impubères. Les corridas sont filmées de la même façon en Espagne mais les Ernaux ont attendu que Franco soit parti pour se ruer à leur tour sur une Costa Brava qui m’avait déjà essoré d’un ennui que je ne savais pas définir mais qui avait sans doute à voir avec la chape pesant sur cette période. AE à trente ans est aussi séduisante qu’elle fait peur aujourd’hui dans sa version octogénaire. Il m’est plus facile, désormais, d’imaginer les conquêtes racontées dans ses livres. La voix d’Ernaux est aigue et chevrotante, est-elle emportée, elle aussi, par l’émotion que suscite l’histoire d’une famille de gauche que la caméra campe comme une troupe unie regroupant trois générations sous un même toit, enchainant année après année les célébrations de Noël en pyjama au pied du sapin et les séjours aux sports d’hiver, avant que l’explosion de la séparation ne se produise ? Une rupture dont on devine, au fil des ans, sans trop exagérer, la profonde séduction que son idée-même semble opérer sur AE. Les lieux de l’enfance des Ernaux ne sont pas ceux de la mienne mais de mon âge adulte : Valparaiso, Tirana, Moscou, la Corse. Après leur mère, découverte sur le tard, c’est toute la famille Ernaux qui semble me tendre la main.

- Armageddon time de James Gray est un joli film pour célébrer Thanks Giving. Ses thématiques sont dans l’ère du temps : le racisme contre les Noirs aux États-Unis, l’antisémitisme et le conformisme social lorsqu’un enfant déclare que l’art est son objectif de vie. Anthony Hopkins, né en 1937, est un très crédible grand-père gâteau. Lui seul sait trouver les mots pour dire qu’une telle vie est possible.


- Arthur Rambo, film de Laurent Cantet (cf Entre les murs) est inspiré de l’histoire de Mehdi Meklat. Le sujet est intéressant d’une double identité, réelle versus virtuelle, aux antipodes l’une de l’autre (du troisième degré dit l’intéressé une fois démasqué). On retrouve l’atmosphère revendicatrice confinant à l’outrance du Bondy blog (tiens, le mot confiner n’est donc pas né en 2020 ?), la vénalité du milieu littéraire. La mère est admirable, impossible de trouver son nom sur la toile, hum. Elle me rappelle ma nounou, une femme blessée qui se garde de le formuler ainsi, parle bas des choses importantes, comprend ce qui se passe tout en se dévalorisant, baisse les yeux devant son fils nu sortant de la douche qui ne s’attendait pas à sa présence. Rabah Nait Oufella (qui était déjà dans Entre les murs) est un héros (Karim D) très crédible. La belle Zineb Triki (qui joue un petit rôle de journaliste) n’est donc pas morte en vrai, ouf, elle a échappé à l’assassinat qui marquait la fin du Bureau des Légendes


- Dans The Batman de Matt Reeves, le maquillage, les ailes déployées, le regard perçant, l’énergie, transforment radicalement Robert Pattinson dont le physique est assez banal à la ville. Avec mon adolescent de fils, on est dans l’obscurité pendant les 2h57 que dure le film, ses copains l’avaient prévenu. Je n’avais pu visionner jusqu’au bout le précédent Batman (trop violent), du coup mon fils me demandait régulièrement si ça allait, et lorsque je lui disais que non seulement cela allait mais que j’aimais le film, je le sentais fondre et resserrer sa main contre la mienne (pour se rassurer lui-même aussi).


- Un beau matin est un beau petit film un peu nunuche sur la vieillesse et la famille dans lequel Léa Seydoux se distingue une fois de plus par l’exhibition de ses larges fesses et de ses larmes jaillissantes mais on est ému pour peu que l’on ait soi-même approché de près la démence sénile de ses proches. Pourtant, s’agissant du dernier film de Mia Hansen-Love, je m’attendais à plus de sophistication. Bergman Island en était d’avantage doté. Même si à la réflexion…


- Dans La conspiration du Caire (Boy from heaven), thriller de Tarik Saleh, préceptes de l’islam et méthodes de barbouzes se rejoignent pour ordonnancer les tribulations d’un jeune pêcheur de la province appelé, sans qu’il ait fait beaucoup d’efforts pour cela, à suivre les cours de l’université al-Azhar, la plus prestigieuse d’Égypte. J’ai été tenu en haleine. Je n’ai jamais vu Le Caire confidentiel, autre thriller de ce réalisateur suédo-égyptien.


- Sur France Télévisions, mini-série en deux épisodes, Diane de Poitiers, réalisée et coproduite par Josée Dayan. Isabelle Adjani est confondante si ce mot existe, elle m’embrouille l’esprit, comment la technologie peut-elle à ce point modifier l’âge d’une actrice, lui permettant de jouer l’intelligence frivole d’une magnifique jeune femme que rien n’arrête dans sa conquête des hommes et du pouvoir ? IA a, semble-t-il, participé à l’élaboration des costumes, ils sont somptueux. Est-ce elle aussi qui cavale aussi majestueusement ou bien une cascadeuse ou même un cascadeur ? Sa diction est à la fois poétique, manipulatrice, autoritaire, ultra-sensible. François Ier, interprété par le théâtral Samuel Labarthe est complice de la séduction programmée d’Henri II, fils cadet de François, par Diane. En Nostradamus, Gérard Depardieu est reconnaissable dès l’instant qu’il prononce une parole, parfait comme toujours. Par contre, en maitresse officielle du Roi, sa fille Julie est peu convaincante. De la grande télévision.


- Je suis allé voir le Don Juan de Serge Bozon par hasard. J’avais prévu de voir un autre film, m’étais trompé de jour. Le film avait beau avoir été éreinté, un ami avait écrit une bonne critique, j’étais en confiance. Et j’avais raison. J’ai séjourné avec Eric Rohmer pendant 1h40, dans les scènes théâtrales, distanciées, parfois chantées, toujours justes. J’avais découvert l’acteur principal, Tahar Rahim, dans Un prophète, de Jacques Audiard. Quand il donne la réplique à Virginie Efira interprétant la cruelle Julie, il lui vient parfois un petit accent de banlieue au milieu du texte de Molière. Distanciation vous dis-je.


- Don’t look up. L’engouement de mes amis me tenait en haleine, or je suis resté un peu sur ma faim. La POUS est une bouffonne comme le Donald, et sa fin est à la hauteur, ses fesses marbrées de vergetures et de varices, blanches comme un cul. Quel désastre que le vieillissement du corps du beau Leonardo di Caprio alors que je viens de visionner Éclipse totale où il joue Rimbaud à seize ans sachant qu’il en avait alors vingt-et-un. Vingt-six ans plus tard, la graisse a tué sa beauté. L’allégorie de la lutte contre le changement climatique est, comme tout ce qui touche ce sujet, grossièrement exagérée, toujours la même histoire, allons-nous vraiment tous mourir (avec une comète peut-être) ? Il me plait de penser que j’ai à la maison une petite astéroïde trouvée dans les éboulis du Saint-Eynard au-dessus de la maison de mon enfance, un objet céleste, de petite taille celui-là. Timothée Chalamet est toujours aussi cute.


- En corps, film de Cédric Klapisch que certains amis avaient détesté, que je suis allé voir quand même. J’étais dans leur camp, ai failli quitter la salle après la première scène, le père incapable de communication vraie avec sa fille danseuse, un avocat beauf et veuf, perdu dans la vie, mal interprété par Denis Podalydès. François Civil en kiné limité fait définitivement plonger le film dans la comédie. En sortant du trou des Halles où se blottit mon cinéma préféré, mes chevilles criaient : la blessure salvatrice de l’héroïne Élise (Marion Barbeau), une entorse avec arrachement osseux de la malléole, est doublement connue de ma gauche et doublement de ma droite. Muriel Robin est l’actrice la plus vraie. J’avais tellement plus vibré avec un autre film campant aussi la compétition parmi les danseurs, Black Swan, film de 2011 de Darren Aronofsky. Triste car Ce qui nous lie et Deux moi, les deux films précédents de Cédric Klapisch, étaient vraiment inspirés.


- Feu Follet, film de Joao Pedro Rodrigues, cinéaste portugais un rien confidentiel et audacieux. Je me réjouissais de découvrir cet auteur dans le très beau cinéma 1 du Centre Georges Pompidou. Mes amis pariaient que je serais sensible au film. Je l’ai été : aux couleurs des corps bronzés en slip rouge ou sans slip, à l’irrespect qui suinte tout le long des séquence situées entre 2011 et 2069, la haine de la république chez les aristo, le ridicule de la bonne éducation…Mais la thématique du moment m’a un peu bloqué, le changement climatique avec une scansion écœurante du texte de Greta Thunberg aux Nations Unies, « You have stolen my dreams and my childhood with your empty words. And yet I'm one of the lucky ones. People are suffering. People are dying. Entire ecosystems are collapsing. We are in the beginning of a mass extinction, and all you can talk about is money and fairy tales of eternal economic growth. How dare you! », surtout les imperfections techniques ou artistiques de la part de cameramen et d’acteurs. Dommage car l’iconographie est belle, rappelle Almodovar, Carravagio, Pasolini…

- Frère et sœur, film d’Arnaud Desplechin. Marion Cotillard, la sœur méchante et blessée est traversée par des émotions incontrôlables exprimées avec justesse. Je l’avais déjà admirée dans Annette, ses larmes étaient les mêmes, coulant avec le bateau sur lequel elle observait la lune, plus crédibles que celles de Léa Seydoux dans France. Melvil Poupaud est moins convaincant dans le rôle du frère, écorché vif, camé et brillant comme Philippe Léotard, il ne l’était guère plus dans Les jeunes amants vu cette année avec Fanny Ardant. Le scénario n’est pas assez subtil dans la transition haine - renouveau d’amour entre le frère et la sœur.


- H6, film reportage de la réalisatrice chinoise Ye Ye, visiblement en collaboration avec des Français, sur « le destin de cinq familles à l’hôpital N°6 de Pékin ». Oui, comme Le Monde, j’ai été sensible au théâtre dans l’hôpital, à la dimension comique de la pratique médicale hospitalière. Renseignement pris, Ye Ye est franco-chinoise, originaire de Harbin et arrivée en France en 2001, de nationalité française depuis 2015.


- Comme l’a noté Libération, l’impression laissée par Histoire de ma femme, de Ildiko Enyedi, est celle d’un film trop long et dilué mais mené rondement. A propos du personnage central, Lizzy jouée par Léa Seydoux (elle est partout décidément), la réalisatrice fait hésiter le spectateur entre la pitié et la haine, la chute n’en est que plus triste.


- Hitting the road est le premier film de Panah Panahi, fils de Jafar Panahi. Un insupportable gamin au comportement exagérément rebelle défie un père faussement emplâtré et une mère incroyablement enjouée tandis que leur chauffeur est méprisé par les trois. C’est pourtant autour de lui que cristallise le drame familial dont Panahi ne dira quasiment rien sinon que la famille est en route pour l’exil du fils aîné. Au-delà de l’énervement provoqué par le gamin, l’atmosphère angoissante liée à la fuite s’installe progressivement. L’hystérie des personnages était une posture. Le fils parti, les larmes peuvent couler.


- Introduction est un petit film en noir et blanc d’une heure zéro six de Hong Sang-soo. Encore une atmosphère à la Eric Rohmer, les errements d’un garçon sensible, timide, blessé, ses étreintes contrôlées, authentiques, qu’il ne sait pas jouer alors même qu’il prétend vouloir faire l’acteur. Lorsque soudain le générique de fin défile, on reste sur sa faim. Puis, lentement, remonte à la mémoire un sentiment de bonheur qu’un film puisse être cela aussi, une composition rapide en quatre tableaux dans quatre lieux différents, des dialogues escamotés, des non-dits qui permettent de rêver.


- Irradiés, film de Rithy Panh, le réalisateur du Barrage contre le Pacifique avec Gaspard Ulliel. Insoutenables images des guerres, des camps, des tranchées, des deux bombes atomiques sur le Japon, de la torture. Un texte miraculeux dont je comprends qu’il est de Rithy Panh lui-même. Je retrouve le bouleversement que je connaissais lorsque je feuilletais l’encyclopédie Larousse à la maison à la rubrique seconde guerre mondiale, les bulldozers déplaçant les cadavres des camps de la mort, le mouvement en plus. A l’origine de l’horreur, l’Homme. Êtes-vous heureux ? demande, dans un extrait de Chronique d’un été, film de 1961 réalisé par Jean Rouch et Edgar Morin, la journaliste à des passants parisiens, trop pressés pour lui répondre ou agacés par la question.


- Les jeunes amants, film de Carine Tardieu, réalisatrice que je ne connaissais pas, est l’histoire d’un coup de foudre entre un homme marié de quarante-cinq ans (Melvil Poupaud) et une femme de soixante-dix ans (Fanny Ardant). Une émotion intense m’a coupé le souffle. Pourtant, le scénario est loin d’être parfait. A deux reprises, les accélérations sont trop rapides pour être crédibles.


- Le dernier Jurassic Park, Jurassic World, The World After, est d’une tout autre volée que le premier, sont-ce les huit années qui séparent les deux réalisations qui permettent une telle amélioration des effets spéciaux ? Je suis transporté avec mon fils ado dans la grande salle de mon cinéma préféré, me prends d’amour pour les cruelles bestioles.

- C’est sans y croire vraiment que j’ai poussé la porte d’une petite salle du multiplex pour voir Kompromat, film de Jérome Salle racontant la fuite de Mathieu Roussel (Yoann Barbereau dans la vraie vie), directeur de l’Alliance Française d’Irkoustk, pour pédophilie. Kompromat, du nom donné pour un dossier compromettant à base de faux. Nostalgie de mon séjour dans cette ville d’Irkoutsk alors que le cash me manquait cruellement, nostalgie de Russie tout simplement, y compris cette crainte permanente du mouvement de travers. Le personnage de Mathieu Roussel est con, on s’attache pourtant à lui. Le visionnage de l’émission Envoyé spécialen novembre 2017 montre un Yoann Barbereau, au contraire, séduisant et intelligent. Il s’est arrangé pour déclencher sa deuxième évasion (de l’Ambassade de France en Russie) juste à temps pour être interviewé par Elise Lucet le lendemain de son retour… Trois ans après son retour en France, Barbereau a été blanchi par Interpol et a obtenu 300 000 euros de l’état français, condamné pour ne pas avoir assuré la « protection fonctionnelle », due aux fonctionnaires et agents publics quand ils sont victimes d'attaques. Que pense-t-il du film ? Réponse dans 20 minutes : « L’homme qui a directement inspiré l’histoire du dernier thriller de Jérôme Salle confirme qu’il n’a pas été associé au film et qu’il ne l’apprécie pas. » J’enclenche une correspondance avec Yoann Barbereau.

- Que me reste-t-il de Maigret de Patrice Leconte? Depardieu bien sûr, le lien avec les très jeunes femmes de cet homme blessé par un drame personnel sur lequel le réalisateur ne laisse que quelques indices, une fille disparue, évocation de Léopoldine changeant radicalement le lien de cet homme au monde comme il a changé celui de Victor Hugo. Le deuil a rendu Depardieu pataud et triste en apparence. Il reste cependant hyper affuté, sait dénouer le vrai du faux, brosser des parallèles, tirer des conclusions, trouver le meurtrier comme dans une partie de Cluedo. Une jeune fille est séduite, lui n’a plus de désir, ou bien si peut-être, il serait bien tenté de sortir la tête de la fange, ne le fait pas.

- Une comédie m’a fait rire, dans laquelle Depardieu est très fort : Maison de retraite, film de Thomas Gilou avec, dans le rôle principal, Kev Adams. Beaucoup de vieux dans la salle, peu de jeunes, on est pourtant mercredi après-midi. Comme le réalisateur a eu de la chance avec le calendrier : à l’heure des révélations sur Orpea et les EPHAD, le film raconte un scandale d’abus de faiblesse.


- Moneyboys est le premier film de C.B Yi. Les scènes de sexe entre minets laissent sur la faim : la caméra ne montre que des demis corps gigotant. Le jeune Fei (Kai Ko) qui tient le rôle principal est moins crédible que son ami qui débarque du village au milieu du film, Long (Bai Yufan). Le rejet au village par la communauté des oncles est surjoué. Triste qu’in fine le résultat ne soit pas à la hauteur de l’ambition unique, un film sur la prostitution gay en République Populaire de Chine.


- Nope, film de Joran Peele, un cinéaste que je découvre. Qu’ai-je retenu de ce film qui ne marquera pas l’histoire du cinéma mais m’a permis de passer un bon moment. Le synopsis proposé par AlloCiné est bien maigre : « les habitants d’une vallée perdue du fin fond de la Californie sont témoins d’une découverte terrifiante à caractère surnaturel. » En cause, un ovni qui semble fait de bric et de broc (distanciation volontaire du cinéaste ? Il serait donc un intellectuel ?), débarque à l’improviste la nuit et le jour, engloutit les humains dès lors que ceux-ci l’observent, mais leur laisse un répit s’ils détournent le regard. Que suis-je allé faire à cette galère ? Quelques jours plus tard, le film fait la couverture des Cahiers du Cinéma


- Notre Dame brûle, de Jean-Jacques Annaud dans une salle pas assez grande pour faire peur. La dimension comique m’échappe. C’est un film très très grand public…Le courage des pompiers est là, la décision de Macron de risquer leur vie est filmée, mais est-ce du cinéma ou du reportage ? Le vicaire larmoyant fait pitié.


- Les passagers de la nuit, film de Mikhaël Hers que je ne connais pas, est situé à Paris en mai 1981, puis en 1984 et 1988. Je revis les années Mitterrand, la Tour Totem dans le quartier Beaugrenelle. Les acteurs sont très justes, tous, Charlotte Gainsbourg d’abord, en mère de deux adolescents, fraichement quittée, traversée par la déchirure, mais aussi Quito Rayon Richter en fils taciturne et fragile, Megan Northam en fille plus robuste et solidaire, enfin Noée Abita, Taluhah dans le film, celle par laquelle tout semble arriver, enfant de la rue comme Noé dans Noé et moi de Delphine de Vigan. Mes enfants me diraient que je suis accro aux drames psychologiques surannés.


- Vu une dernière fois à l’UGC Les Halles, en dessous de l’église Saint Eustache où il a été inhumé, le beau Gaspard Ulliel performant dans un film terrible sur la mort inéluctable, Plus que jamais, d’Emily Atef. « A Gaspard », écrit-elle sobrement au démarrage du générique de fin. Les fjords de Norvège sont le lieu de la rencontre impossible entre les vivants et des mourants. Le film n’est pas compliqué, on peut choisir sa mort. Vicky Krieps est une belle révélation féminine venue du Luxembourg.

- Dans Revoir Paris, film d’Alice Winocour, le couple Virginie Efira – Benoît Magimel travaille à sa reconstruction post attentats du 13 septembre 2015. Leurs cicatrices ne se laissent pas facilement conter mais les doigts de l’autre déposent sur le corps, avec délicatesse, un onguent réparateur. Absents des lieux du crime, les deux conjoints du passé n’ont d’autre choix que de s’éloigner des deux héros. L’idée n’est pas neuve, la mémoire qui flanche, le désir de table rase post-traumatique. Le scénario m’a paru bien faiblard, la scène du crime bien pudique. Que manquait-il ? Je n’ai pas été emporté.

- Top Gun : Maverick, réalisé par Joseph Kosinski, le film dont on lit qu’il a servi de défouloir du dimanche à la Première Ministre après le rituel appel du PR. Je n’ai du premier Top Gun que l’image floue d’une bande annonce aguicheuse avec Tom Cruise. L’homme est aujourd’hui dans sa soixantième année, comme moi, ses cheveux sont plus fournis que les miens et lui est allé au bout de ses cours de pilotage… Un grand moment de suspense et de patriotisme occidental en lutte contre les puissances du mal.


- Tout le monde aime Jeanne, film produit par Sylvie Pialat et réalisé par Céline Devaux, avec Blanche Gardin et Laurent Lafitte. Je ris régulièrement mais ce n’est pas le cas de tout le monde dans la salle. L’irruption du dessin (peu) animé ne m’avait pas plu sur la bande annonce mais, dans le film, ça passe. Dans la tête d’une fille cash. Elle a pris son risque écolo, a planté sa boite, veut baiser mais ne sait pas trop. Lafitte est un cleptomane avec un cœur gros comme ça, ce qu’il pique aux uns, il le restitue comme il peut aux autres. Ouf, un film pas du tout intellectuel mais bien senti.


- Tout s’est bien passé, de François Ozon, avait été aimé par un ami dont les parents envisagent l’aventure en Suisse comme le héros joué par André Dussollier. Ce père et gay ne réussit pas à être crédible en homosexuel amouraché avec son Gérard. L’intervention de la police après le dépôt d’une main courante ajoute une péripétie peu crédible, elle non plus. Tout ne s’est donc pas bien passé, ce n’est pas du grand Ozon.

- Les volets verts, titre repoussoir évoquant Marcel Pagnol ou Alphonse Daudet. Je me suis tout de même rendu à l’autre bout de Paris pour voir Gérard Depardieu et Fanny Ardant dirigés par Jean Becker. Depardieu est plus énorme et asthmatique que jamais, s’est-il encore plus abîmé pour le film ? Son personnage, Jules Maugin, est un autre pachyderme blessé cherchant réparation auprès d’une très jeune femme qu’il ne touche pas, Alice, incarnée par Stéfi Celma. Quand il s’écroule, emportant avec lui la nappe de la table de petit déjeuner dressée sous la treille (je ne spoile pas, c’est public), on se dit que, peut-être, il sont soulagés tous les deux, lui, Jules Maugin, lui, Gérard Depardieu.

- Vous ne désirez que moi, de Claire Simon. Swann Arlaud lit avec justesse et émotion un texte écrit par Yann Andréa sur son lien avec Marguerite Duras. Une grande erreur a été de croire que MD et YA n’ont eu qu’un lien platonique parce que YA n’aurait pas pu baiser une femme. Au contraire, le lien a été profondément sexuel. Étrange fascination qu’exerce MD alors même que ce texte, ainsi que les extraits de tournage de ses films, révèlent qu’elle savait être odieuse. Touchant mélange entre le vécu et l’écrit. Une vraie réussite.


Enfin, hors catégorie puisqu’il s’agit d’un court métrage de trente minutes, 2022 a vu aussi la sortie de l’excellentYoussou et Malik, de Simon Frenay à propos duquel j’ai déjà écrit : https://www.tanguypiole.com/single-post/youssou-et-malek-libèrent-le-réalisateur-simon-frenay



Tanguy Piole, 2 décembre 2022






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