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Les 20 meilleurs films de 2023, mon palmarès



Mes vingt « meilleurs » films de 2023 (sur 83 que j’ai vus), ceux qui m’ont ému, tenu en haleine, dérangé, fait pleurer !


1.     Tár, de Todd Field

2.     Chien de la casse, de Jean-Baptiste Durand

3.     Rotting in the sun, de Sebastián Silva

4.     Les banshees d’Inisherin, de Martin McDonagh

5.     Anatomie d’une chute, de Justine Triet

6.     L’été dernier, de Catherine Breillat

7.     Le Capitaine Volkonogov s’est échappé, de Natalya Merkulova et Aleksey Chupov

8.     Joyland, de Saim Sadiq

9.     Testament, de Denys Arcand

10.  Les feuilles mortes, d’Aki Kaurismäki

11.  Babylon, de Damien Chazelle

12.  Past lives - Nos vies d’avant, de Céline Song

13.  Patagonia, de Simone Bozzelli

14.  Killers of the Flower Moon, de Martin Scorsese

15.  Le règne animal, de Thomas Cailley

16.  La fille de son père, d’Erwan Le Duc

17.  Godland, de Hlynur Palmason

18.  Un hiver à Yanji, d’Anthony Chen

19.  Perfect days, de Wim Wenders

20.  Chevalier noir (A tale Shemroon), d’Emad Aleebrahim Dehkordi


Pourquoi ?


1.     Tár, de Todd Field

Publié sur mon blog : "Tár", un chef d'œuvre!


2.     Chien de la casse, de Jean-Baptiste Durand

Publié sur mon blog : Raphaël Quenard : un acteur révélé


3.     Rotting in the sun, de Sebastián Silva

Rotting in the sun est un chef d’œuvre qu’il est difficile de décrire sans le spoiler. Il commence comme un film léger et drôle mettant en scène une rencontre entre deux gays en addiction, évolue soudainement vers un thriller servi magnifiquement par un troisième personnage, féminin celui-là, une femme de ménage parano et simplette. Interdit aux moins de seize ans et sans pudeur sur les scènes de cul, le film restera donc confidentiel. Dommage. Il s’en fallait de peu qu’il puisse passer à la postérité.

 

4.     Les banshees d’Inisherin, de Martin McDonagh

Banshee : Nom commun. (Fantastique) Fée du folklore irlandais dont le cri annonce une mort imminente. Innershin : île fictive. Le film Les banshees d’Inisherin, de Martin McDonagh, a été tourné à l’ouest de l’Irlande sur les îles d’Inis Mor (comté de Galway) et d’Achill (comté de Mayo). Le sujet du film, la lourdeur d’une amitié qui ne se renouvèle plus alors que le temps file et qu’on voudrait laisser une trace, le désir d’en finir avec elles, l’amitié, la vie. Magnifique scénario sans aucune complaisance. J’avais imaginé Michel Houellebecq réfugié fiscal dans une des deux maisons des protagonistes, il n’en était rien, il logeait, parait-il, dans une zone irlandaise très habitée et peu intéressante (maintenant il est de retour en France pour payer ses impôts, à Paris dans une tour du treizième arrondissement). Magnifique paysage, magnifique film.


5.     Anatomie d’une chute, de Justine Triet

Après La nuit du 12 de Dominik Moll, encore une affaire judiciaire grenobloise à la résolution laborieuse. Subjectivité et objectivité sont en collision permanente dans Anatomie d’une chute. Je me suis imaginé les soirées de ce couple à la ville, les deux coscénaristes, Justine Triet et Arthur Harari, discutant dans le moindre détail des indices dont ils ont saupoudré leur texte (une pure fiction), cela donne un film parfaitement ciselé ! Pour tenter de faire jaillir la vérité, la juge laisse se dérouler l’autopsie de la conjugalité et de la maternité de l’accusée. On découvre qu’elle et son mari, retrouvé mort dans la neige au pied de son chalet, vivaient dans un enchâssement d’histoires réelles et écrites, qu’à eux deux - deux écrivains - ils ont eu au moins quatre vies s’entrechoquant, deux réelles et deux fictives. Pour ce qui est des hypothèses à creuser par la cour, il y en a deux principales, le suicide et le meurtre. À la fin, il faut décider, quelqu’un en effet s’y collera. Le jeu de l’accusée est parfait : comme à son habitude Sandra Hüller (Ines dans Toni Erdmann, Mika dans Sybil) est glaçante, cela fait d’elle une coupable idéale. Anatomie d’une chute est une magnifique palme d’Or de Cannes 2023.


6.     L’été dernier, de Catherine Breillat

Publié sur mon blog : Deuxième été dernier


7.     Le Capitaine Volkonogov s’est échappé, de Natalya Merkulova et Aleksey Chupov

Publié sur mon blog : « Le Capitaine Volkonogov s’est échappé », Grande Terreur là-bas et ici

 

8.     Joyland, de Saim Sadiq

De toute part me parvenait la rumeur, il fallait voir Joyland, de Saim Sadiq. Effectivement, le film opère une plongée dans la vie quotidienne d’une famille de la classe moyenne de Lahore, trois générations sous le même toit, un équilibre permanent entre dictats, non-dits, autorité des hommes, douceur de tous. Les voix s’élèvent rarement sauf quand tous les verrous sautent, mais il ne me faut rien spoiler. L’intelligence profonde des situations habite chacun des personnages même si le jeu qu’ils jouent ne le dit pas. La bande annonce retenait la dimension volubile trans et queer, le film est bien plus subtil, une grande réussite.


9.     Testament, de Denys Arcand

Cela faisait longtemps que je n’avais pas pleuré de rire au cinéma. Le dernier film de Denys Arcand a permis d’y remédier. Testament, avec dans le premier rôle Rémy Girard jouant Jean-Michel Bouchard, est un magnifique pied de nez à la bien-pensance actuelle, celle du monde, celle de Montréal. Je constate avec bonheur que les critiques épouvantables qu’a subies cette œuvre audacieuse sont à l’aune de la pensée unique. Impossible pour les critiques de déclencher un mouvement de spectateurs vers un film qui se moque de « personnes concernées » embrassant la cause des Autochtones ! Tout est bouffonesque dans ce film, y compris le recul par rapport à son existence du septuagénaire blasé. Du petit lait.


10.  Les feuilles mortes, d’Aki Kaurismäki

Publié sur mon blog : L'été de Kaurismäki


11.  Babylon, de Damien Chazelle

Le jeu de Brad Pitt (Jack Conrad), Margot Robbie (Nellie LaRoy) et Diego Calva (Manny Torres) est à la hauteur de l’immense ambition de Babylon, dernier film de Damien Chazelle (Whiplash et La La Land). Le bruit et la fureur ne cessent qu’à la dernière seconde, au bout des trois heures et neuf minutes de cette histoire endiablée de la naissance du mythe d’Hollywood. Au moins trois scènes sont tellement gigantesques qu’elles ne pourront être oubliées. Jamais rien vu de tel depuis Le Satyricon de Fellini, des orgies d’alcool, des pyramides de coke, des enculades en chaine, une communauté de noctambules frappadingues qui se consacrent le jour à leur dessein supérieur, le cinéma, avec l’objectif touchant d’émouvoir le public. Touchant, le personnage de Diego Calva, en gardien du temple d’une certaine forme de raison, l’est aussi particulièrement. 

 

12.  Past lives - Nos vies d’avant, de Céline Song

Past lives - Nos vies d’avant, parfaite expérience. Américaines tout juste quadragénaires d’origine coréenne toutes les deux, Céline Song, la réalisatrice, et Greta Lee, l’actrice, ont des airs de ressemblance. L’expatriation (pas au sens galvaudé, la complainte des cadres d’entreprise partis à l’autre bout du monde vivre au-dessus de leurs moyens) et la relation à distance génèrent fantasmes, joie et souffrance. Les deux acteurs, Yoo Teo et Greta Lee, sont parfaitement justes, les silences en disent plus que les confidences, j’ai été transporté.


13.  Patagonia, de Simone Bozzelli

Dans l’excellent Patagonia, long métrage de Simone Bozzelli. Le jeu des deux acteurs est à couper le souffle, le jeune Yuri joué par Andrea Fuorto et l’à peine moins jeune Agostino (Augusto Mario Russi). Une communauté beatnik de la campagne italienne abrite leur intimité mais la Patagonie et sa Terre de Feu sont l’utopie de ce couple dont on ne sait quelle catastrophe viendra troubler la tendresse et la dureté, il faut bien que le film justifie son interdiction aux moins de seize ans. Un enfant puis un bébé s’invitent dans leur jeu, qu’arrivera-t-il ?

 

14.  Killers of the Flower Moon, de Martin Scorsese

Publié sur mon blog : Immense : « Killers of the Flower Moon »


15.  Le règne animal, de Thomas Cailley

Je gardais un excellent souvenir d’un des films précédents de Thomas Cailley, Les combattants. Dans Le règne animal, un dialogue père fils par temps de pandémie, mais ce n’est pas d’un petit virus qu’il s’agit : l’homme devient bête et la mutation est aléatoire. Aussi bien, nos amis les animaux (qui en résultent) peuvent avoir un comportement d’ange dans un corps monstrueux. Le binôme Romain Duris - Paul Kircher est à la vie comme à la mort, admirable. J’ai été pétrifié et admiratif.


16.  La fille de son père, d’Erwan Le Duc

Publié sur mon blog : « La fille de son père » : la paternité, un sommet à gravir à mains nues


17.  Godland, de Hlynur Palmason

Godland, je voulais le voir pour les belles images d’Islande baignant dans une atmosphère un peu mystique. Il serait une sorte de film reportage dans l’esprit du National Geographic avec une touche à la Georges Bernanos. Non ! Le film de Hlynur Palmason, le réalisateur islandais de trente-huit ans, est rude, intelligent, captivant et beau à la fois. Le scénario laisse la place à l’interprétation, c’est assez rare pour être souligné et c’est puissant. Quelle est la vraie histoire qui fait passer de la vie à la mort ? Décidément, avec l’Islande, mon histoire d’amour ne s’interrompra pas. J’avais déjà été emporté par Un jour si blanc, film de 2020 du même Palmason. Les deux mêmes acteurs jouent magnifiquement dans les deux films, Ingvar Eggert Sigursson, le vieil homme qui se conserve, et Ida Mekkin Hlynsdottir, la petite fille aux cheveux d’or qui n’est autre que la fille d’Hlynur Palmason. Dans les deux films, une immense colère ! Et Winter brothers, son premier long métrage de 2018, un choc !

 

18.  Un hiver à Yanji, d’Anthony Chen

De l’excellent Singapourien Anthony Chen, j’avais adoré Ilo Ilo (2013) et Wet Season (2000). J’ai tout autant aimé son dernier film, Un hiver à Yanji. Le film est une superbe œuvre sensible qui n’a nul besoin d’être mise en case. Sans doute la nationalité chinoise de son tournage et singapourienne de sa réalisation n’encouragent-elles pas à déclarer que ce couple de deux hommes et une femme est un trio amoureux au sens le plus noble qui soit. La souffrance de ces trois jeunes, chacun à sa manière, chacun avec son histoire personnelle, est palpable. J’ai aussi été sensible à la poésie des lieux, les confins dirait Cédric Gras, la préfecture autonome coréenne de Yangbian en République Populaire de Chine à la frontière avec la Corée du Nord et la Russie. Montagnes, lacs et ours gentil encouragent la visite. Renseignement pris, la région semble accueillir très peu de visiteurs...tant mieux.


19.  Perfect days, de Wim Wenders

Perfect days, dit Wim Wenders, disons des jours sans heurts, sans surprises, à mener ses tâches quotidiennes, fussent-elles les plus ingrates (jour après jour le nettoyage des mêmes chiottes tokyoïtes) avec le souci du détail, à la recherche d’une certaine forme d’excellence. Rendre la routine édifiante et, le travail terminé, ne pas transiger avec l’essentiel, le temps culturel, celui des livres et des cassettes de musique des années 70, des délices japonaises au comptoir d’un petit izakaya, bar traditionnel où il n’est pas besoin de passer commande, on sait ce que vous prenez. Voilà l’univers du dernier film de Wim Wenders, celui de la solitude d’un homme, sa tentative de tenir son passé à distance. Et c’est beau.


20.  Chevalier noir (A tale Shemroon), d’Emad Aleebrahim Dehkordi

Adoré le film iranien Chevalier noir (A tale Shemroon), d’Emad Aleebrahim Dehkordi. Le lien entre les deux frères au centre du drame est magnifique, les acteurs très bons, deux illustres inconnus du public français semble-t-il. Le film a été sorti d’Iran par petits bouts envoyés électroniquement pour éviter la censure. La drogue est le troisième acteur, hyper crédible et envoutante. Il faudrait une reconnaissance du public pour récompenser un film pareil. Trois personnes ont quitté la salle pendant la séance…Sur Allociné, la critique a donné 3,5 sur 5 et les spectateurs 3,1…Pas de quoi me faire douter.

 


Soixante-trois autres films n’ont pas passé la barre - toute subjective - de ma sélection.

 

Des impressions sur chacun d'eux (par ordre alphabétique).

 

·      16 ans, de Philippe Lioret

16 ans, l’âge du droit de renoncement à l’école, celui d’avoir des parents qui vous y contraignent. Seize ans, l’âge des corps adolescents qui se cherchent et se trouvent parfois dans les piscines. Le film de Philippe Lioret sera accusé de manier les clichés. Peu de spectateurs dans la salle, certains soupirent d’une réplique plus convenue que les autres, prennent leurs cliques et leurs claques en le faisant savoir. Moi, j’ai les yeux rivés sur l’écran, intègre les poncifs contre lesquels je ne sais quelle force laïque asséner pour que les confessions religieuses sachent mieux se parler. Un tel film alimentera peut-être des discours sectaires. Je retiens la beauté de Sabrina Levoye (Nora) et Teïlo Azaïs (Léo). Et le scénario.

 

·      L’Affaire Bettencourt : Scandale chez la femme la plus riche du monde, de Baptiste Etchegaray et Maxime Bonnet

Un diner avec Baptiste Etchegaray, co-réalisateur de la mini-série L’Affaire Bettencourt : Scandale chez la femme la plus riche du monde m’a convaincu de rallumer l’Appli au N rouge venue des États-Unis pour la visionner. Patrice de Maistre bien connu en entreprise y tient un rôle très important, sa participation double - voix enregistrée à son insu, voix et image face caméra - lui permet de redorer un peu son blason malmené. Buste droit et jambes de gazelle croisées sur le divan de confesse, Arielle Dombasle a le verbe haut et beau, ses lèvres vermillon glossy articulent avec délicatesse chaque mot après pesée ; elle est plutôt du clan de Françoise-la-fille que de celui de Liliane-la-mère faisant presque oublier que c’est elle qui a fait rentrer le loup Banier dans la bergerie de la vieille dame. François-Henri n’a pas été aussi « écouté » que Patrice : le micro félon était disposé dans le bureau, lui voyait son amoureuse dans sa chambre. Sarkozy s’en est tiré à bon compte cette fois-ci mais il n’a pas été réélu PR. L’Affaire y serait pour quelque chose. Du très bon travail de journalisme et de cinéma.

 

·      L’air de la mer rend libre, de Nadir Moknèche

Dans L’air de la mer rend libre, premier film du Franco-algérien Nadir Moknèche, dans le rôle féminin une confirmation, Kenza Fortas jouant Hadjira, « la racaille », et dans le rôle masculin, une révélation cinématographique, Youssouf Abi-Ayad jouant Saïd, « le pédé » (on l’avait déjà vu au Théâtre du Chatelet, il interprétait Koltès dans Les Idoles). Ce film est un petit bonheur, j’hésite entre le 13 et le 14/20.

 

·      Alma viva, de Cristèle Alves Meira,

Alma viva. Dans cet inoubliable premier long-métrage de Cristèle Alves Meira, la mort s’installe dans un village des montagnes du Portugal, la vendetta entre deux branches d’une même famille est exacerbée par le cadavre de l’ancêtre, les non-dits sur la filiation ressortent avec les histoires de sorcières. On se croit chez Fellini, l’instant d’après on est chez Almodovar.

 

·      L’amour et les forêts, de Valérie Donzelli

L’amour et les forêts n’aurait pas la Palme d’Or. Ainsi avais-je décidé que le film de Valérie Donzelli, en compétition à Cannes et vu avant le Festival ne la méritait pas. À cause de certaines faiblesses dans le jeu de Melvil Poupaud, pourtant presque toujours crédible, tout est dans le presque. A plusieurs reprises, pendant quelques fractions de secondes, il dit son texte comme au théâtre et on décroche… Dommage, Virginie Efira, en épouse victime de son pervers narcissique de mari, joue juste du début à la fin. Il en va de même pour son interprétation de la sœur jumelle, car c’est elle aussi ! Bon, j’ai quand même été remué par le film, le divorce vécu comme une guerre, les soupçons de perversion narcissique, les accusations de flicage du compte commun.

 

·      Les âmes sœurs, d’André Téchiné

Noémie Merlant et Benjamin Voisin forment une fratrie touchante dans Les âmes sœurs, le dernier film d’André Téchiné. Elle est, comme d’habitude, très juste, le regard gratifié d’une petite touche de strabisme, une générosité confinant à l’obstination, semble toujours positionner l’intelligence de ses personnages un ton en dessous de la sienne, les fait vivre au plus près des sens. Lui est blessé, mourant, écorché, amaigri, rasé, ressuscité et souriant. Ce n’est pas le meilleur Téchiné, il vient d’avoir quatre-vingt ans, combien en produira-t-il encore ?

 

·      Astrakan, de David Depesseville

Astrakan, premier long métrage de David Depesseville : je suis enthousiaste avec réserve, comprends que le caractère parfois désincarné du texte et de la gestuelle puisse être volontaire de la part du réalisateur mais cela ne me semble pas assez net : distanciation brechtienne peut-être, mais qui passe facilement pour de la maladresse de la part des acteurs et des cameramen, des enchainements trop rapides, des mouvements des corps qui ne sont pas naturels. Le scénario est une trouvaille, qui conte l’histoire d’un jeune orphelin placé dans une famille d’accueil arrondissant ainsi ses fins de mois jusqu’à trouver la voie, après bien des violences, d’une empathie catho à laquelle j’ai cru. La campagne du Morvan, les maisons et les églises posées dans les champs, forment un cadre idéal pour les petits et les grands péchés.

 

·      Augure, de Baloji

Augure est un premier film de Baloji, rappeur belgo-congolais de quarante-cinq ans. Tournée à Kinshasa, l’œuvre n’est pas parfaite, une scène (de ménage) en particulier tombe comme un cheveu sur la soupe. L’univers dans lequel baignent les personnages est envoutant, c’est le mot puisque la sorcellerie en 2023 en est le leitmotiv. Et cela fait peur ! Un charmant groupe de garçons adolescents habillé en tenue de danse rose ajoute à l’exotisme déjà déroutant. J’ai été bluffé et parierais volontiers que Baloji a un bel avenir dans le cinéma.

 

·      Bernadette, de Léa Domenach

Dans Bernadette, comédie de Léa Domenach, tout est censé avoir été inventé et tout est vrai. J’avais peur d’être rebuté par les jeux d’acteurs incarnant Chirac (Michel Vuillermoz), Sarkozy (Laurent Stocker), de Villepin (François Vincentelli), Lagerfeld (Olivier Breitman), Bertrand (Vincent Primault), leur physique trop éloigné de l’original, mais ça passe. Chirac tellement faible et fainéant est hilarant, on a même droit à ses fesses (moches). J’ai ri, souvent. Sara Giraudeau est très crédible en Claude Chirac.

 

·      Il Boemo, de Petr Vaclav

Publié sur mon blog : Le film « Il Boemo » fera-t-il mieux connaitre le compositeur Josef Myslivecek ?

 

·      Le ciel rouge, de Christian Petzold

Publié sur mon blog : Touché au cœur par « Le ciel rouge » de Christian Petzold

 

·      Christophe…définitivement, de Dominique Gonzalez-Foertser et Ange Leccia

Christophe…définitivement, film sur l’artiste emporté par le covid en 2020, est coréalisé par Dominique Gonzalez-Foertser et Ange Leccia avec qui ma première rencontre remonte à l’été 1980, nous sommes tous deux du 19 avril, lui onze ans avant moi. Dans le film, je retrouve l’esprit Leccia, les fondus chromatiques, les distorsions du son : un film pas destiné à montrer mais à évoquer ?, une vidéo d’Ange, plus longue que d’habitude (une heure vingt-quatre). C’est l’image Leccia qui me touche (celle qui passe en fond de décor dans ses concerts de l’Olympia, et celle du film de ces concerts). Je ne suis pas venu pour le personnage dont le film relate le mauvais caractère et les postures de prima donna au discours syncopé souvent inaudible, d’ailleurs je ne le connaissais pas vraiment, Christophe, même si je savais chanter certains de ses tubes, Les mots bleus

 

·      Dalva, d’Emmanuelle Nicot

Dalva, premier long métrage d’Emmanuelle Nicot, premier rôle très prometteur pour la jeune Zelda Samson. Dalva n’a pas sa tête car elle l’a donnée, avec tout son corps, à son géniteur. La déconstruction post inceste est le sujet principal du film, en attendant la reconstruction. On pense à Natasha Kampusch, le père violeur est piteux mais n’a pas eu le temps de se jeter sous un train. Les éducateurs et les services sociaux ont un rôle magnifique. Une vraie réussite. 

 

·      De nos jours, de Hong Sang Soo

Troisième film de Hong Sang Soo en deux ans, sachant que les deux suivants sont déjà annoncés : dans De nos jours, on retrouve une troisième fois Ki Joo-bong (interprétant le poète Uiju) mais aussi la lenteur de l’-in-action et une profonde atmosphère existentialiste.

 

·      The Fabelmans, de Steven Spielberg

The Fabelmans faisait grand bruit : c’ était le dernier film de Steven Spielberg et il parlait de lui. Incontournable ? J’ai été ému par la beauté de cet enfant (lui, Steven alias Sam), la candeur du même en adolescent, n’ai pas aimé les scènes d’antisémitisme, peu crédibles. C’était souvent fake, la mère borderline sauvait le film. Quand il sortait des studios de la MGM où John Ford venait de l’embaucher, le jeune Sammy (Sam) Fabelman sautillait d’aise, on aurait dit Charlot.

 

·      La femme de Tchaïkovski, de Kirill Serebrennikov

Un vrai animal politique, Kirill Serebrennikov. Il répondait aux questions de la salle au cinéma Le Balzac, après la projection, en avant-première, de son nouveau film, La femme de Tchaïkovski. Des questions en russe, essentiellement, posées par une communauté russe parisienne heureuse, le temps d’une soirée, de ne pas être ostracisée. Comme dans son film, français et russe se mélangent, Serebrennikov semble parfaitement comprendre notre langue mais répond en russe. Sur l’homosexualité, pas un seul mot. C’est pourtant le film d’une couverture, d’un mensonge, d’une souffrance perpétré par des hommes sur une femme. De la tragédie du placard, il n’est pas question, seulement des dimensions multiformes d’une trajectoire artistique, et qu’importe qu’elle passe par une certaine forme de maltraitance qui a envoyé Antonina Miliukova en asile psychiatrique où elle a terminé ses jours pendant la révolution de 1917, quarante ans après avoir cessé de voir son mari (mort en 1893). Comme dans Mort à Venise, c’est le choléra qui emporte le héros. Cinq beaux garçons s’exhibent nus dans une danse libérée. J’aime la liberté de ce cinéaste, reste pourtant sur mes gardes, jamais complètement emporté par ses films, Leto, La fièvre de Petrov, La femme de Tchaïkovski. Le lendemain, je découvre que la thématique de la femme de Tchaïkovski avait déjà été traitée. Il fallait un ami, cinéphile averti, pour me le faire savoir, aucune critique dans la presse n’en faisait état. Or, quel film extraordinaire, ce The music lovers (La symphonie pathétique en français) ! Contrairement à Kirill Serebrennikov, Ken Russell, réalisateur iconoclaste aborde sans détour la souffrance de la femme trompée par la sexualité de son mari. Nina Milukova, interprétée magistralement par Glenda Jackson, prend connaissance progressivement des écarts de l’homme qu’elle a choisi - avec force talent épistolaire -  d’épouser. C’est un Tchaïkovski très beau et très souriant qu’interprète Richard Chamberlain. J’ai été ébloui par plusieurs scènes endiablées, en particulier une scène de tentative (en vain) de jeu sexuel inondée d’alcool dans un train entre Saint Petersbourg et Moscou le deuxième jour du mariage. Cinquante-trois ans après, en comparaison de Ken Russell, Serebrennikov fait pâle figure. Tant pis, on aurait pourtant envie de l’aider par les temps qui courent.

 

·      Des garçons de province, de Gaël Lépingle

Des garçons de province est très touchant et réussi ! J’ignorais l’existence d’une filmographie de Gaël Lépingle (et itou pour son coscénariste, Michaël Dacheux). Par contre, j’ai longuement séjourné dans le Loiret, ai reconnu l’esprit de ses villages, leur asphalte, leurs maisons tocardes, leurs poteaux télégraphiques, leur laideur qui contraste avec la beauté des espaces d’agriculture intensive dans lesquels ils sont posés sous des ciels chargés de cumulus. J’y ai souvent imaginé Édouard Louis, mais son village à lui, Hallencourt, était dans la Somme. Trois villages du Loiret et de l’Aube donc, trois tableaux quasi disjoints. Dans une interview, Gaël Lépingle avoue : « On a tenté avec Michaël Dacheux de relier narrativement les trois volets, mais on a vite décidé que ce n’était pas intéressant » . Dommage, il y avait des possibilités. Deux garçons (Léo Pochat et Edouard Prévot) ont de belles gueules des années 80, genre Hervé Guibert ou Jean-Hugues Anglade dans Diva, et le sexagénaire, Serge Renko, me renvoie à certains questionnements, sur la création, la séduction, la prostitution. Les dernières paroles de son personnage résument la situation, quelque chose comme : « J’aurais pu ne pas vivre. Donc j’organise mon temps ». On craint pendant tout le film que le regard curieux des villageois ne dérape vers une franche homophobie (ce qu’a vécu Eddy Bellegueule à Hallencourt). En sortant, j’ai eu pendant de longues minutes la tête dans ce très beau film, c’était doux et triste à la fois.

 

·      Goodbye, d’Atsuko Ishizuka

Goodbye, film d’animation d’Atsuko Ishizuka (une Japonaise de quarante-et-un ans), n’a pas fait beaucoup parler de lui. Pourtant, c’est une œuvre touchante qui a le potentiel de séduire largement. Les trois garçons sont des sissy un peu dingues qui n’hésitent pas à s’aventurer bien au-delà des limites admises à leur âge (quinze ans) dans la société rurale japonaise. Le scénario se tient, les dialogues incluent des envolées existentielles, les scènes d’action s’enchainent, les ados ne se lasseront pas. J’ai passé un très bon moment.

 

·      Le grand chariot, de Philippe Garrel

Le grand chariot, de Philippe Garrel : comment un petit film comme celui-là peut-il être encensé par Le Monde (qui lui donne du « À ne pas manquer ») sinon parce qu’il rassemble une famille incontournable du monde du cinéma ? C’est gentillet, très bien-pensant. Philippe le Père, le seul de la famille à ne pas jouer son rôle (tenu par Aurélien Recoing) a réuni ses trois enfants, Louis et ses deux sœurs, Esther et Léa qui portent les prénoms de Louis, Martha et Léa respectivement. Esther s’est donc retranchée derrière un prénom fictif, n’a pas voulu pousser aussi loin que les autres sa contribution au grand œuvre exhibitionniste ?

 

·      De grandes espérances, de Sylvain Desclous

De grandes espérances de Sylvain Desclous, une vraie réussite. Deux pinzutu ignorant de la sensibilité corse, amants ambitieux sur le continent, chacun à sa manière lié à son père, mais je ne peux en écrire plus. J’ai été convaincu par les interprétations féminines : Rebecca Marder dans le rôle de la jeune Madeleine Pastor, et Emmanuelle Bercot en Gabrielle Dervaz, talentueuse députée de gauche. Et convaincu par Cédric Appietto dans le rôle de Lucciani, le Corse à qui on ne la fait pas !

 

·      How to have sex, de Molly Manning Walker

Molly Manning Walker est une scénariste réalisatrice britannique de trente ans à peine qui ne manque pas d’audace. Son film How to have sex (qui pourrait être traduit par Comment faire le sexe comme disent les adolescents) nous emporte dans un tourbillon kitsch et bruyant dont on se demande si on en réchappera. Les protagonistes, des filles et des garçons de l’Angleterre profonde venus en Crête pour choper et faire la fête (du binge drinking en termes techniques), se mettent une pression si intense (pas question de rentrer au pays encore pucelles) qu’elle les emporte et les aveugle au-delà du crédible. Les scènes de vomissement ne nous sont pas épargnées, pas plus que les hurlements incessants. Puis le film s’adoucit avec bonheur, nous ramenant au principe fondamental, les corps ne font pas tout.

 

·      How to Save a Dead Friend, de Marusya Syroechkovskaya

Sorti dans quelques salles d’arts et d’essais, How to Save a Dead Friend est un choc : ambiance rock et drogues. Inconnue jusqu’alors, Marusya Syroechkovskaya a filmé sa vie de seize à trente-deux avec son amoureux Kimi. Drogue encore, drogue toujours, qui manque de tuer leur couple qui s’en remet tout de même. L’attention que lui portent sa mère et sa femme n’empêche pas Kimi de toujours leur mentir et rechuter. Sa déchéance est à couper le souffle. Peu d’image de détresse pourtant. Des scènes de contestation de la rue contre le régime de Poutine alternent avec des travellings aériens dans les cités de la banlieue de Moscou. La caméra montre le plus souvent une insouciante joie de survivre, désespérée mais assumée. Le film est rythmé par les listes : celle des rechutes, des substances, des amis morts et de leur manière de mourir, overdose, suicide, accident de voiture. En sortant on respire de se sentir vivant. 

 

·  L’Île rouge, de Robin Campillo

Publié sur mon blog : « L’Île rouge » de Robin Campillo, incertaine émotion


·      Indiana Jones et le Cadran de la Destinée, de James Mangold

Dans Indiana Jones et le Cadran de la Destinée, de James Mangold, Harrison Ford tient le rôle principal en 1944 où il a un visage de quadra et en 1969 où il semble en avoir soixante-cinq. Renseignement pris, il en a quatre-vingt-un et la première demi-heure du film utilise à la fois des pellicules originales jamais montrées datant de plusieurs décennies et du traitement par l’Intelligence Artificielle, terme débilitant. Je comprends mieux les craintes exprimées par les acteurs ces derniers jours craignant pour la pérennité de leur métier... Le film m’a fait replonger des décennies en arrière quand Indiana Jones explorait Petra la même année que moi, en 1989, et ai été agréablement surpris par la facétie du scénario qui renvoie ses héros en antiquité, le siège de Syracuse en 213 av JC.

 

·      L’innocent, de Louis Garrel

Je n’avais pas souhaité allé voir L’innocent lorsque ce film de Louis Garrel est sorti : trop de cet homme-là partout dans des rôles d’acteur, alors pourquoi se risquait-il à écrire et réaliser une comédie, qui plus est basée sur la vie de sa propre mère, éducatrice en prison ayant épousé un prisonnier. Il a fallu que l’Académie des César nomine onze fois ce film pour que je m’y intéresse. Je me suis laissé embarquer dans cette improbable scénario de braquage familial. Alors que je l’observais occupant tout l’écran, je me disais que Louis Garrel en avait vraiment, de beaucoup de choses, de belles femmes, de talent, d’audace, de réussite, de beauté, de couilles. Je pensais à Mastroianni, l’imaginais au crépuscule de sa vie comme lui comblé d’honneur et de gloire.

 

·      Jet Lag, de Zheng Lu Xinyuan

De Jet Lag, deuxième long métrage de la réalisatrice chinoise Zheng Lu Xinyuan après The cloud in her room l’an dernier, Allociné ne dit rien. Il y a, cette fois encore, un érotisme de bon aloi et un franc parler libéré qui me ramènent dans une République Populaire de Chine en noir et blanc chargée de nostalgie (Beijing, Wuhan). Puis l’action se déplace, on est en période covid, les deux protagonistes amoureuses que séparent quelques heures de décalage horaire se skypent entre Yangon et Graz. Jet Lag est une œuvre surréaliste qui me rappelle des films de Dali et de Buñuel. Zheng Lu Xinyuan serait-elle la cinéaste chinoise à suivre ?


·      La ligne, d’Ursula Meier

La ligne, film d’Ursula Meier, est une réussite. India Hair interprète Louise donnant naissance à deux jumelles et les allaitant. Le scénario a-t-il été ajusté pour prendre en compte cette péripétie ?, l’allaitement ne peut être truqué, les seins de l’actrice débordent. Valeria Bruni Tedeschi est juste, hystérique, bête. Quant à l’héroïne, Margaret, interprétée par Stéphanie Blanchoud, on jurerait Constance Debré, j’adore son personnage écorché par le jeu familial, j’adore son interprétation. Dans le film tourné du côté de Vevey et Montreux, jamais on ne voit le lac, que les HLM.

 

·      Loup et Chien, de Claudia Varejão

Publié sur mon blog : Claudia Varejão est une belle personne

 

·      Lupin, de George Kay et François Uzan

Troisième saison de Lupin, la série Netflix au succès planétaire qui a livré à la horde des sur-touristes les falaises d’Étretat. Lupin, denrée culturelle à consommer sans modération comme un paquet de M&Ms, se goinfrer de chaque épisode comme d’une bouchée de pépites nappées de chocolat. L’esprit de famille serait un sous-titre approprié pour cette troisième saison.


·  May December, de Todd Haynes

Publié sur mon blog : « May December », l'esprit mai 68

 

·      La montagne, de Thomas Salvador

Thomas Salvador est un homme-orchestre : scénariste et réalisateur de son film audacieux, La montagne, il en est aussi l’acteur principal, ingénieur alpiniste parisien pas si néophyte qu’il veut bien le dire, mais aussi concepteur des créatures lumineuses qui peuplent ses délires et saxophoniste de la bande sonore…Le lieu de son initiation fut aussi celui de la mienne, l’arrivée du téléphérique de l’Aiguille du Midi à 3842 m d’altitude. J’aurais souhaité être embarqué par ce film. Hélas, trop d’approximations dans le déroulé de l’apprentissage des sommets, trop de scènes improbables avant même que le film ne bascule volontairement dans le fantastique. Comme dirait Jean Ferrat : pourtant, que la montagne est belle !…


·      Music, d’Angela Schanelec

Deux amis m’avaient aguiché avec ce film d’une réalisatrice allemande inventive, Music, d’Angela Schanelec. A la sortie de la séance, quittée par un quart de la salle (trois personnes sur quinze), je demande de l’aide à un troisième pour comprendre. Je n’avais RIEN compris (mon ami non plus) : pour un film dont le scénario a reçu un prix à la Berlinale, c’est un peu fort de café. Comment pouvait-on deviner que le héros devenait aveugle ? Aucun indice ! Pourtant, j’ai aimé un film, peut-être n’était-ce pas le bon film…La tessiture soprano colorature du héros, le mystère des villages grecs, l’abandon, le deuil. Le film sur le mythe d’Œdipe, pas vu.

 

·      N’attendez pas trop de la fin du monde, de Radu Jude

Nouveau film du Roumain Radu Jude, N’attendez pas trop de la fin du monde est gravé dans mon univers mental, il y occupe une place de choix juste à côté du Graphique de Boscop, film de 1976 de Sotha et Georges Dumoulin, dans la zone des films audacieux, drôles et dramatiques à la fois, les films-œuvres-d’art. Écroulement du communisme, paupérisation, crise du covid, interminables barres de HLM dans la banlieue de Bucarest, vidéos tictoc délirantes et politiquement parfaitement incorrectes m’ont enchanté.

 

·      N’oublie pas les fleurs, de Genki Kawamura

N’oublie pas les fleurs, film de Genki Kawamura, cinéaste japonais né en 1979, ne m’a arraché aucune larme mais m’a ému par sa poésie, son image sobre et parfois onirique. Sans grand souci de véracité, il conte la décrépitude d’une mère sous les coups de boutoir imprévisibles de la maladie d’Alzheimer dans un Japon des années quatre-vingt-dix, Tokyo puis Kobé et son tremblement de terre filmé comme dans un rêve. Un bébé de troisième génération assurera, quoi qu’il arrive, la relève.

 

·      Nuovo Olimpo, de Ferzan Özpetek

Vu sur Netflix, Nuovo Olimpo, nouveau film de Ferzan Özpetek. J’ai eu du mal à rentrer dans le film tant il m’a paru perfectible au plan technique. Je suis quand même ressorti bouleversé, difficile de rester insensible au passage des ans. Les scènes d’amour de jeunesse sont belles.


 ·      The Old Oak, de Ken Loach

Dernier film de Ken Loach, The Old Oak est maitrisé et émouvant mais tellement bien-pensant, je crois que je ne peux plus voir un film comme celui-là sauf à me mettre dans l’état d’esprit de l’étudiant de gauche que j’étais, analysant les injonctions altruistes de son époque. En sortant, chez mon libraire, je tombe sur Dialogue sur l’art et la politique cosigné par Ken Loach et Édouard Philippe. Bon, je ne suis plus étudiant après tout, nul besoin de besogneusement m’enfiler aussi ce pensum.


·      Le Paradis, de Zeno Graton

Le Paradis, film du réalisateur belge Zeno Graton, est une réussite, des garçons amoureux dans un « centre fermé pour mineurs délinquants » comme on dit outre-quiévrain, on songe à Midnight Express version ado. Beaucoup de pudeur, de la réciprocité entre les beaux Khalil Gharbia (Joe) et Julien de Saint-Jean (William). Le film fait du bien sur le dos de ses personnages.

 

·      Passages, d’Ira Sachs

Publié sur mon blog : Passages, un trio à fleur de peau

 

·      La Passion de Dodin Bouffant, de Tran Anh Hung 

« « La Passion de Dodin Bouffant » : le pot-au-feu indigeste de Tran Anh Hung » avait titré Le Monde. Une telle détestation était inhabituelle. Le film a été retenu pour représenter la France aux Oscars du cinéma en 2024, c’était une deuxième raison pour susciter mon intérêt. Enfin, le couple Juliette Binoche - Benoit Magimel, reconstitué pour l’occasion, une troisième. De nouveaux critères d’ « inclusion » seront appliqués cette année pour sélectionner le vainqueur de Los Angeles, peut-être le pari des décideurs français a-t-il été que La Passion de Dodin Bouffant était représentatif d’un certain exotisme franchouillard, plus qu’Anatomie d’une chute ? Voir ce film en terre canadienne rapprochait du point de vue nord-américain. La Normandie de la fin du XIXème siècle, sa passion pour la bonne chère et le bon vin, j’allais voir si naitrait dans la salle une dose suffisante d’admiration pour la France qui permette d’anticiper celle des six-milles membres de l'Académie des arts et sciences du cinéma. Verdict : je n’ai pas vu la salle s’émerveiller. De mon côté, j’ai été fasciné par les scènes - hégémoniques - de confection des mets depuis la livraison à l’état brut des volailles et des légumes jusqu’à leur dégustation. Le Monde avait invoqué une comparaison avec La grande bouffe, cet autre - immense - film sur la dégustation sorti il y a cinquante ans. Je me suis souvenu de l’émotion, la folie, la merde ; hélas, dans le film de Trần Anh Hùng, le quatuor Emmanuel Salinger, Patrick d’Assumçao, Jan Hammenecker, Frédéric Bisbach n’est vraiment pas à la hauteur de celui que formaient Ugo Tognazzi, Philippe Noiret, Marcello Mastroianni et Michel Piccoli ! Surtout, il est dénué de fantaisie et le scénario est indigent. Nous n’aurons pas l’Oscar du meilleur film international, peut-être un lot de consolation, l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour Bonnie Chagneau-Ravoire interprétant la jeune Pauline ?

 

·      Poet, de Darezhan Omirbayev 

Prolonger mon séjour en Asie centrale sans me rendre aux deux expositions rameutant les foules, « Splendeurs des oasis d’Ouzbékistan » au Louvre, et « Sur les routes de Samarcande » à l’Institut du monde arabe : voir au MK2 Beaubourg le film resté confidentiel du cinéaste kazakh Darezhan Omirbayev : Poet. Tomber en pamoison. L’écrivain, le poète plus encore, n’a pas grand-chose à attendre de la société, il est capable de vivre en dehors, est même fier de son éloignement de la vie matérielle, se nourrit du regard bienveillant de ses proches, fait appel, lorsque l’adversité est trop grande, à ses forces intérieures nourries par la lecture des maitres anciens. S’il n’y avait qu’un lecteur de l’œuvre de Didar, le héros poète, il aurait réussi. Cette jeune femme bègue venue seule l’écouter lors d’une lecture publique au bout de la steppe kazakh nous le confirme.

 

·      Pornomelancolia, de Manuel Abramovich

Pourquoi toutes les scènes de porno à peine dissimulées de Pornomelancolia n’éveillent-elles pas les sens ? Parce que le sujet principal du film est la tristesse. De ce point de vue, le film est unique et réussi : le trop plein du trop baiser rend mélancolique. Le film n’est pas dénué d’humour non plus. For happy few only.

 

·      The quiet girl, de Colm Bairéal

The quiet girl. Je savais bien que l’irlandais pouvait être difficile à comprendre, j’ignorais que le gaélique fût impossible à déchiffrer ! C’est dans cette langue qu’est énoncé ce très beau premier film du réalisateur Colm Bairéal, quarante-deux ans. Chaque image est un enchantement de perfection. La lumière marine se diffracte sur la tôle de berlines des années quatre-vingt dans une Irlande rurale qui sait être arriérée ou subtile. C’est précisément du passage d’une version de cette ruralité à l’autre qu’il est question pour la petite Caít, touchante de vérité, qu’interprète Catherine Clinch, quatorze ans.

 

·      Retour à Séoul, de Davy Chou

Retour à Séoul, film du franco-cambodgien Davy Chou (auteur de Diamond Island en 2016), a représenté le Cambodge aux Oscars 2023. Solipsisme : théorie d'après laquelle il n'y aurait pour le sujet pensant d'autre réalité que lui-même. Freddie, l’héroïne, incarnée par Park Ji-min (II) (qui est Park Ji-min (I) ?), est complètement concentrée sur la trajectoire que lui propose son inconscient. Elle feint d’avoir pris par hasard un vol pour Séoul. Une fois en Corée, troublée, étouffée par la confusion, la déréliction, elle multiplie les comportements asociaux ou dangereux. On l’accompagne dans ses rencontres de personnages de circonstance, souvent sans importance, jusqu’à une certain forme de recollement. Il est difficile d’en dire plus. Le film est inspiré librement de la vie de Laure Badufle, une amie de Davy Chau. On pense aussi à la Ministre Fleur Pellerin, accueillie en star en Corée du Sud en 2013.


·      Le retour des hirondelles, de Li Ruijun

Le retour des hirondelles, beau film chinois de Li Ruijun, ne me permet hélas pas de réviser mon mandarin, sa langue de l’ouest est incompréhensible. J’étais prévenu, après son succès initial, la censure chinoise avait dénaturé le film. Effectivement, on est forcé de deviner, sans être certain d’avoir compris. L’amour entre cet homme et cette femme, deux paysans très pauvres, durs au labeur, délaissés par leurs familles respectives, m’a transporté successivement dans le village du Shanxi où j’ai séjourné en 1986 et sur les dunes de Dunhuang parcourues plus tard. Enfin, Le retour des hirondelles m’a ramené au premier film réaliste que j’aie vu, à l’ambassade de France à Pékin un soir d’hiver 1987, Terre jaune, film de Chen Kaige sorti en 1984. Peu de choses semblent avoir changé depuis trente-neuf ans dans le grand ouest chinois, c’est précisément cela qui énerve les censeurs de la République populaire.

 

·      Rien à perdre, de Delphine Deloget.

Rien à perdre, nouveau film de la Française Delphine Deloget : une performance bluffante de Virginie Efira que j’aime décidément de plus en plus. À nouveau un film sur la parentalité, une maternité profonde et vulnérable dont les failles sont captées par l’Aide Sociale à l’Enfance, elle ne donnera pas de répit au triangle de la mère et de ses deux fils. Les scènes de la nuit brestoise, celles de huis clos partant en vrille, sont filmées au plus près en caméra au poing, le son est saturé, tout semble vrai et c’est si triste.

 

·      La romancière, le film et le heureux hasard, de Hong Sang-Soo

Après Introduction et Juste sous vos yeux, je suis à nouveau hyper-sensible au troisième film de Hong Sang-Soo en à peine plus d’un an, La romancière, le film et le heureux hasard. La place de l’intellectuelle, l’assèchement de la créativité, l’alcool, les années qui passent, la communication entre générations, tout est subtil et merveilleusement dit et interprété par l’actrice principale, Hye-yeong Lee qui joue la romancière Junhee.

 

·      Simone, le voyage du siècle, d’Olivier Danan

Mes amis me disaient d’aller voir le film Simone, le voyage du siècle, je craignais trop de bons sentiments. Pourtant, oui, j’ai été ému. Pas tant par les scènes dans les camps, mais par la puissance de la famille et la force de vie confinant à la colère. Une colère permanente qui déplace les montagnes, non seulement celle, galvaudée, de l’opposition à la légalisation de l’avortement, mais celle de tous les « sans dents », aurait dit l’autre, les femmes prisonnières par exemple, surtout celles d’Algérie. Avec le recul des années, le machisme assumé au milieu duquel navigue Simone Veil est juste sidérant. Elsa Zylberstein est très crédible, j’avais craint l’inverse.

 

·      Simple comme Sylvain, de Monia Chokri

Vu au cinéma Beaubien de Montréal Simple comme Sylvain, nouveau film de Monia Chokri. Je connaissais cette Québécoise pour ses rôles dans les films de Xavier Dolan (Les amours imaginaires, Laurence anyways) ainsi que dans Falcon Lake de Charlotte Le Bon. Un choc culturel comme sujet du film (entre Québécois sophistiqués et Québécois simples), un choc culturel pour le public français (il n’y avait pas ici de sous-titres), un jeu d’acteur inoubliable (ahanements, cris de jouissance, larmes explosives). En sortant la température polaire avait remonté, il neigeait à gros flocons. Dans mon cœur aussi car ce film est une merveille et sans doute un peu plus encore pour qui a une partie de l’âme accrochée à la Belle Province.

 

·      Sur les chemins noirs, de Denis Imbert

L’adaptation en film du journal de bord Sur les chemins noirs, de Sylvain Tesson, avait vocation à être inscrite dans ma liste. Elle en est sortie lorsque les critiques se sont amoncelées, toutes mauvaises. Et puis je me suis décidé à aller voir le film éponyme de Denis Imbert, ai cru apercevoir le vrai Sylvain Tesson à la terrasse d’un café ; vérification faite, Wikipédia signale en effet ce caméo de l’écrivain, une courte figuration muette donc. Le film suit de près le livre. La France est sublime et cela justifiait que j’aille voir le film. Jean Dujardin interprétant Tesson est crédible, sans plus. Les citations de l’écrivain voyageur ne sont pas trop pompeuses. En sortant, ma tête est remplie de projets de marche…

 

·  Strange way of life, de Pedro Almodóvar

Publié sur mon blog : Cowboys entre eux

 

·      The summer with Carmen, de Zacharias Mavroeidis

The summer with Carmen du Grec Zacharias Mavroeidis est raté : l’acteur principal jouant l’athlétique Démos ne sait pas jouer...

 

·      Syk Pike (Sick of myself), de Kristoffer Borgli

Pour la première fois, le chef monteur norvégien Kristoffer Borgli prend l’habit de réalisateur. Son Syk Pike, autrement dit Sick of myself, est un choc. La plongée dans l’univers implacable des arts et de l’audiovisuel norvégien, la recherche permanente des coupables de la vie quotidienne, les scènes de rue les nuits de plein août, tout cela rappelle étrangement les films de Joachim Trier. Borgli lui a même piqué l’éternel médecin chaleureux joué par Anders Danielsen Lie, tout à la fois acteur et médecin de son état. On pense aussi à Ruben Östlund, en moins subtil cependant.


·      La syndicaliste, de Jean-Paul Salomé

J’avais beaucoup aimé La Daronne, avec la même Isabelle Huppert autrement déguisée, déjà en one woman show ; l’audace de La syndicaliste, nouveau film de Jean-Paul Salomé, est bluffante. Victime d’une sauvage agression à son domicile, l’héroïne aurait-elle contribué à avoir la peau du pauvre Luc Oursel que j’ai longuement fréquenté dans une usine de Shanghai ? Je ne connais pas Maureen Kearney, la syndicaliste CFDT, aimerais la rencontrer. Clémentine Autain a demandé sans succès la création d’une enquête parlementaire sur l’Affaire Maureen Kearney. Ce n’est pas la fin de l’histoire. En ce qui concerne la valeur artistique du film, difficile à dire. C’est bien le fait que le film colle au plus près de la réalité sordide qui est intéressant et cela me suffit.

 

·      Tapie, de Tristan Séguéla et Olivier Demangel

La mini-série Tapie, phénomène pour baby-boomers en mal de figure inspirante qui recollerait une France cassée ?, je me suis réabonné temporairement à Netflix, la pression des amis était trop forte. Du coup, petite dose de déception - même si Laurent Lafitte est très crédible - compensée in fine par le sublime septième et dernier épisode, la confrontation du héros avec le proc Éric de Montgolfier (excellent David Talbot) qui le fera tomber. Les deux animaux se toisant, se frottant, se donnant finalement quelques coups de pattes maitrisés dans la pénombre d’un bureau du Tribunal de Valenciennes un soir de pluie ont donné à Tristan Séguéla et Olivier Demangel l’occasion d’une scène d’anthologie.

 

·      Le temps d’aimer, de Katell Killévéré

Dans Le temps d’aimer, de Katell Killévéré, Anaïs de Moustier (Madeleine) et Vincent Lacoste (François) forment un couple généreux puisant sa force à l’origine de leurs désirs, ceux de deux corps interdits du passé, pour Madeleine celui d’un officier ennemi de la seconde guerre mondiale, pour François celui d’un homme rendu fou d’amour. Contrairement à ce dont ils s’accusent lors d’une scène de colère, les deux amoureux ne sont pas deux « couvertures » l’un pour l’autre, ils se donnent l’un l’autre beaucoup de courage pour résister à la pression sociale. En pleine période de débat à l’Assemblée Nationale sur un projet de loi d’indemnisation des homosexuels condamnés par l’État, le film ne pouvait tomber mieux. Hélas, je n’ai pas été convaincu par le troisième personnage, Jimmy, beau soldat afro-américain en poste à Châteauroux, semblant désireux de libérer le nœud des interdits du couple pour se rétracter ensuite sans finesse.

 

·      Le théorème de Marguerite, d’Anna Novion

Le sujet du théorème de Marguerite de la Franco-suédoise Anna Novion me parlait, la vie obsessionnelle d’une normalienne pleine de TOC et pas jolie cherchant à résoudre un épineux problème de mathématiques, se cassant le nez dessus. Les murs remplis de démonstration de maths rappellent la station de RER de la Gare du Nord en route pour Roissy, je doute que les phrases mathématiques aient un sens. Dans le treizième, China Town est l’endroit idéal pour dépenser moins et gagner au mah jong quand on a démissionné de l’École. Jean-Pierre Darroussin n’est pas très crédible en chercheur en mathématiques. Décevant.

 

·      Toni en famille, de Nathan Ambrosioni

Une comédie française m’a ramené avec efficacité à ma gestion solitaire - à temps partiel - d’une famille nombreuse, la fatigue, les cris, les rires, les pleurs : Toni en famille, de Nathan Ambrosioni, très jeune réalisateur de vingt-quatre ans dont c’est le premier film dans ce rôle. Son film voit juste, provoque l’émotion. Camille Cottin dans le rôle de la mère y est pour beaucoup, les cinq acteurs-ado campant ses cinq enfants ne sont pas en reste.

 

·      Trenque Lauquen, de Laura Citarella

Trenque Lauquen, film de l’Argentine Laura Citarella en deux parties de plus de deux heures chacune. Les émotions de la semaine ressortent pendant la projection dans une salle médiocre, le temps est lourd, je n’ai pas assez dormi, les dialogues en argentin sous-titrés accaparent toute mon attention, je décroche cependant, et de manière inexorable me met à ne pas aimer le film puis à le fuir en pleine séance.

 

·      La voie royale, de Frédéric Mermoud

Petit film français sur un thème déjà rodé, celui des classes préparatoires (à Lyon !), La voie royale de Frédéric Mermoud surfe sur la thématique de la récente contestation antisystème d’une frange des taupins. Avec un certain talent, Suzanne Jouannet interprète Sophie Vasseur, fille d’éleveurs porcins en difficulté en plein mouvement des Gilets Jaunes. On ne sait pas très bien pourquoi elle s’entiche du projet d’intégrer l’X. Les scènes de colles et de distribution des copies corrigées ont fait ressortir du fond de ma mémoire des souvenirs affleurant habituellement sous forme de cauchemars récurrents dont je n’ai, quarante ans plus tard, pas encore pu me débarrasser…

 

·      Yamabuki, de Yamasachi Juichiro

Né en 1978, Yamasachi Juichiro est un monteur, producteur et désormais réalisateur japonais dont le film Yamabuki sent parfois délicieusement l’amateurisme, mais j’ai été touché par la grâce du personnage principal, acculé par les dettes et par l’injonction sociale de la famille, beau-père dévoué d’une jeune fille qui ne lui fait pas de cadeau mais finit par reconnaitre le bien qu’il lui a fait. Il en pleure comme trop souvent dans le film, mais cette fois c’est de joie.

 

·      Yannick, de Quentin Dupieux

Le scénario de Yannick, court long métrage de Quentin Dupieux (1h07) avec l’extraordinaire Raphaël Quénard dans le rôle principal, est audacieux - lors d’une représentation de théâtre un preneur d’otage malgré lui qui réussit à se mettre la salle dans la poche - mais il n’est hélas pas crédible. On s’attache tout de même comme à un film de Charlie Chaplin. Rien que pour la performance parfaite de Raphaël Quénard, je n’ai aucun regret d’être allé le voir malgré les avertissements.

 

·      The whale, de Darren Aronofsky

« People are incapable of not caring », telles sont les paroles éclatantes du héros-baleine de The whale, deux-cent soixante-dix kilos de graisse accumulée dans le huis clos d’une maison de la classe moyenne américaine, quelque part dans un coin de l’Idaho. Darren Aronofsky m’avait déjà impressionné dans Black Swan. Son nouveau film est inoubliable : inoubliables les scènes d’empiffrage animalesque, jamais rien vu d’aussi glouton depuis La grande bouffe de Marco Ferreri, il y a (déjà !) cinquante ans, inoubliables les mots de l’amour gay venu balayer une vie rangée, inoubliable le câlin de son ex-femme avec la bête humaine, il lui fallait se rendre compte du phénomène avant qu’il ne disparaisse. Redevenu maigre et beau dans son smoking au moment où on lui remettait l’Oscar du meilleur acteur 2023, Brendan Fraser était méconnaissable, ouf, tout cela n’était que longues séances d’enfilage de prothèses et de maquillage.

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