Femme en guerre


Une femme est en colère contre le coke et l’électricité pour le produire. Elle habite ce pays d’Islande où l’acier ne devrait pas être. Halla est son nom. Elle est athlétique, on voit ses fesses, elles sont musclées. Elle a déjà 50 ans et fini d’attendre. Pour elle c’est maintenant que l’indicible doit être combattu. Une femme en guerre donc. A woman at war.

Elle a une sœur. La ressemblance est flagrante. On a parfois du mal à les distinguer. On pense à des jumelles. Mais rien ne dit que ce sont des jumelles. Toutes les deux sont révoltées contre l’ordre établi. Mais en ce qui concerne l’alimentation des foyers en électricité, dans ce pays si chargé de ténèbres en hiver, les deux sœurs diffèrent.

On suit Halla dans sa quête échevelée de « terroriste » verte. Pour avoir couru sous ces lignes à très haute tension islandaises, je me suis senti en communion, quand j’aurais voulu moi-même mettre ces pylônes par terre, et voulu le faire aussi de ces sous-stations électriques que j’ai tenté de vendre pendant des années en Malaisie, et de ces pylônes qui ont longtemps obstrué le paysage dans ma campagne française. Comme j’aurais voulu le faire et comme Halla y réussit, à coup de court-circuit et d’explosifs. Avec courage, elle combat contre le pays entier, semble-t-il, et sa police parfois vieillotte, parfois suréquipée avec ses drones et ses hélicoptères. Cette femme révoltée court dans la campagne avec, sur la tête, une peau de mouton aux fragrances écœurantes pour couvrir sa propre odeur et tromper les chiens du voisinage. « Lorsqu’avec ses enfants vêtus de peaux de bête… »

Il y a du kitsch dans la voiture qu’on lui prête dans sa fuite, couleur pastelle rappelant la Chine Populaire. Il y a du kitsch dans cette quête contre le capitalisme et l’invasion de l’argent chinois. Et dans la relation qu’elle développe avec cet homme et son chien dans la campagne islandaise, véritable village où l’on est tous cousins. Erro n’est pas loin et ses héros de bandes dessinées. Les maisons semblent toutes habillées de parures sorties des mille et une nuits, remède contre l’uniformité des jours sans jour. Elles semblent toutes faites pour l’écriture.

La sœur a ouvert un centre de yoga et de spiritualité védique et s’apprête à partir pour un voyage initiatique. Halla et elle auraient voulu être mères, en avaient toutes deux fait la demande sans se concerter. Halla avait presque oublié et se retrouve confrontée à la réalité de cette possibilité. Après réflexion, elle voudrait embrasser les deux causes désormais siennes, l’explosion des pylônes et l’adoption de la fillette d’Ukraine.

Toute à son énergie, toute à son combat, elle laisse cependant un peu de sang dans la campagne, et là je ne vais pas gâcher le récit du film, mais ce sang pourrait la perdre. Il est si facile finalement pour la police de triompher. On a beau se vêtir de peau de bête, on a beau être suivi et protégé dans sa fuite et partout par un groupe de musique et de danse traditionnel loufoque, on a beau se sentir invincible et pouvoir jouer de la ressemblance avec une jumelle, il est bien compliqué d’échapper à la police et au capitalisme de Rio Tinto à Reykjavik.

Voire. In fine, une certaine forme de succès est là, et le succès serait mérité aussi pour ce film si touchant. Oui, j’ai beaucoup ri en plus d’être ému par ce combat qui nous ressemble, celui de Woman at War.

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