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Arthur Dreyfus reprend la main



Deux ans et demi après le choc de son « Journal sexuel d’un garçon d’aujourd’hui », « La troisième main », nouveau roman d’Arthur Dreyfus, lui permettra de rebondir très haut, j’en prend le pari. Dès les premières pages, la singularité de l’œuvre s’impose comme une évidence. Dans un décor déjà largement raconté, celui de la France de la première guerre mondiale et de ses tranchées, l’auteur campe des situations pittoresques s’enchainant à vive allure selon un rythme et un format dignes d’Instagram : cent-soixante-neuf billets sur un mode diariste, comme une succession de posts. À l’image du Candide de Voltaire, le héros d’Arthur Dreyfus pérégrine d’une ville à l’autre, l’aventure sentimentale est une boussole, les épreuves morbides alternent avec les franges d’une vie en perpétuelle construction. Candide se retirait du monde pour cultiver son jardin, la chute ici ne sera pas aussi douce. Il faut être prestidigitateur pour dissimuler un aussi lourd handicap : l’excroissance greffée au héros sur son abdomen par un chirurgien fou (à moins qu’elle ne soit venue s’empaler sur son plexus au hasard d’une explosion singulière), une main humaine, celle d’un certain Hans, soldat allemand mort dans les tranchées, ne peut le laisser en paix. Progressivement, « sa » troisième main gagne les galons d’une existence propre, à l’instar d’un siamois (d’une portion de siamois ?) qu’on hésiterait à séparer de son frère. Malgré la menace permanente de terribles impairs perpétrés par son incontrôlable paluche, le héros aspire à une impossible vie rangée. Un peu à l’image d’Arthur Dreyfus, capable d’énormités, qui n’en est pas moins un écrivain intégré dans le paysage littéraire contemporain ? Énorme en effet fut son « Journal sexuel d’un garçon d’aujourd’hui » et je ne parle même pas de ses 2304 pages. Dans ce nouveau roman magnifique, le langage l’est aussi, pareillement soutenu que le rythme, authentiquement désuet, directement puisé, sans la moderniser, dans la langue d’il y a cent-dix ans. On s’y croirait. Un pur régal de littérature à qui je souhaite de passer l’épreuve des siècles.


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