Le Graal d'Annie Ernaux

Comment dire la joie que me procure le Prix Nobel de littérature octroyé aujourd’hui à Annie Ernaux ? Modestement, je répercute ici un extrait de mon journal du 16 septembre dernier sur les années Super 8, premier long métrage - documentaire en accès libre sur Arte, signé David Ernaux-Briot, fils cadet d’Annie Ernaux (pourquoi Briot ?).



Après le générique de fin, j’éteins l’écran mural le cœur rempli de souvenirs de deux familles, celle de la grande AE, la mienne. Il y a quelques mois, j’avais fait digitaliser les films Super 8 pris par mon père pour saisir la vie de ses enfants s’accrochant, année après année, au roc des Alpes, au sable du Languedoc, de la Normandie. Les films saisis par le beau Philippe Ernaux, mari d’AE, ont les mêmes couleurs sepia, la même vitesse légèrement accélérée (pourquoi ?), la même absence de bande sonore, surtout, les mêmes pantalons à pattes d’eph et tout l’attirail de jersey, c’est confondant. Eric Ernaux, né quelques mois après moi, a, lui aussi, un petit frère de deux ans son cadet (David Ernaux-Briot, donc). Tous les quatre, nous portons les mêmes maillots de bain colorés, moulant de petits sexes impubères. Les corridas sont filmées de la même façon en Espagne mais les Ernaux ont attendu que Franco soit parti pour se ruer à leur tour sur une Costa Brava qui m’avait déjà essoré d’un ennui que je ne savais pas définir mais qui avait sans doute à voir avec la chape pesant sur cette période. L’Espagne d’aujourd’hui en proscrit strictement tout éloge. Annie Ernaux a trente ans, elle séduit. Il m’est plus facile, désormais, d’imaginer les conquêtes racontées dans ses livres. La voix d’Ernaux est aigue et chevrotante, est-elle emportée, elle aussi, par l’émotion que suscite l’histoire d’une famille de gauche que la caméra campe comme une troupe unie regroupant trois générations sous un même toit, enchainant année après année les célébrations de Noël en pyjama au pied du sapin et les séjours aux sports d’hiver, avant que l’explosion de la séparation ne se produise ? Une rupture dont on devine, au fil des ans, sans trop exagérer, la profonde séduction que son idée-même semble opérer sur AE. Les lieux de l’enfance des Ernaux ne sont pas ceux de la mienne mais de mon âge adulte : Valparaiso, Tirana, Moscou, la Corse. Après leur mère, découverte sur le tard, c’est toute la famille Ernaux qui semble me tendre la main.


Imaginer AE aujourd’hui à Cergy, l’œil rivé sur son smartphone, l’imaginer comblée.



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